Accident mortel au Neufour

En octobre 1914, le front commence à se stabiliser un peu partout et confronte rapidement les armées à une guerre de siège toujours plus gourmande en hommes, en matériels et en munitions. En plus des problèmes logistiques, les unités combattant en Argonne doivent également faire face à d’autres inconvénients. En effet, comment alimenter régulièrement des positions de combat, dans une région forestière, très mal desservie par les réseaux de communications et dont les infrastructures ne sont pas absolument prévues pour accueillir les milliers de soldats nécessaires à leur défense?

Dans la précipitation des premières semaines de combat, les militaires vont improviser en transformant les villages, désertés par les populations, en véritable casernement et en installant les ambulances des services de santé et les quartiers généraux dans les plus grands édifices ou dans les gares. Les tonnes de munitions et de vivres, qui arrivent tous les jours par trains ou par camions, sont stockées dans des bâtiments civils pas toujours très adaptés à cet usage. Cette activité intense finira par entraîner des accidents dont les victimes viendront encore grossir les pertes significatives causées par les combats de la Haute Chevauchée et du Bois de la Gruerie.

BDIC_VAL_193_205

Relève sur la route qui longe la vallée de la Biesme – BDIC – Fond Valois (VAL 193/205) – Septembre 1916

Avec l’enlisement progressif du conflit, les militaires vont être contraint de réorganiser complètement les quelques kilomètres en arrière des lignes, réquisitionnant les industries locales à l’arrêt depuis le début de la guerre. Ils parviendront ainsi en seulement quelques mois à transformer la vallée de la Biesme en une véritable base logistique capable d’alimenter tout le secteur.

Scierie 13 R.G. en Argonne

Scierie du 13° Génie – Collection EMBRY Mikaël

Le Neufour sera alors utilisé comme cantonnement pour les contingents attendant de monter au front, tandis qu’un bâtiment non loin de l’église sera utilisé par les artilleurs et les sapeurs pour y stocker leurs munitions et leurs explosifs.

Le Neufour - Groupe de soldats 113 R.I.

Groupe de soldat du 113° R.I. au Neufour – Collection EMBRY Mikaël

Fin décembre 1914, le commandement donne l’ordre aux unités occupant le village de construire un réseau de fils de fer, qui sera utilisé pour des essais de destruction. En prévision de ces expériences un bouclier sur roues muni d’un chalumeau oxyacétylénique est livré le 29 décembre et rejoint pour la nuit les 150 obus sphériques pour mortiers de 15, 25 projectiles de cheddite, 100 bombes à mains, 80 fusées éclairantes, 50 projectiles pour mortier Cellerier et des 30 kilogrammes de poudre M.C. 30 déjà stockés dans le dépôt de munitions improvisé. Il doit être utilisé le lendemain pour une démonstration devant un parterre d’officiers.

Le 30 décembre, le village est réveillé vers 8h45 par une violente déflagration. Le magasin derrière l’église vient d’exploser en embrasant les maisons des alentours. Les Français tentent immédiatement de contenir le sinistre, mais il leur faudra lutter pendant plusieurs heures et le soutien des 5°, 6°, 7° et 8° Compagnies Garibaldiennes pour parvenir à éteindre l’incendie.

Le Neufour - Village après l'explosion

Ruines laissées après l’explosion et l’incendie du 30 décembre 1914 – Collection EMBRY Mikaël

Les causes exactes de cet accident restent encore inconnues, mais l’explosion et l’incendie détruiront toute une partie du village. En fin de journée, on dénombre deux sous-officiers, dont un Sergent de la Compagnie 5/3, tués par la détonation et quatorze blessés.

Le Neufour - Vitrail

Vitrail rappelant l’accident du 30 décembre 1914 – Photographie EMBRY Mikaël

Même si les bâtiments détruits n’ont jamais été reconstruit, les traces de l’explosion ont aujourd’hui complètement disparues et seul un vitrail de l’église rappelle l’événement du 30 décembre 1914.

Sources :
Journaux des Marches et Opération de la 10° Division d’Infanterie :
    – Génie – 2 août 1914-31 mars 1915 – 26 N 1161
    – Service de santé divisionnaire – 6 août 1914-31 décembre 1916 – 26 N 28814
    – Parc d’artillerie – 8 août 1914-17 novembre 1915 – 26 N 1038

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s