Roland Garros, un aviateur abattu en Argonne

Eugène Adrien Roland Georges Garros est né le 6 octobre 1888 dans la Rue de l’Arsenal (rebaptisée depuis Rue Roland Garros) à Saint-Denis de la Réunion. Alors qu’il à quatre ans, son père Georges, décide de s’installer en Cochinchine pour ouvrir à Saïgon un cabinet d’avocat spécialisé dans les affaires commerciales. C’est sa mère qu est alors chargé de son éducation, mais en 1900 son père décide de l’envoyer en métropole afin qu’il poursuive ses études. Après un voyage de deux mois en bateau, il débarque à Marseille puis se rend à Paris, où il intègre le Collège Stanislas. Quelque temps après son entrée en métropole, il est foudroyé par une pneumonie et sans attendre l’avis de ses parents, la direction de l’établissement décide de l’envoyer à l’autre Collège Stanislas à Cannes. Au cours de ses études, Roland Garros devient champion inter-scolaire de cyclisme en 1906, sous le pseudonyme de Danlor et il mènera l’équipe de football du Lycée Masséna de Nice à la victoire. Il pratique aussi le tennis mais en simple amateur.

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Roland Garros aux commandes d’un avion

En 1908, il sort diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales et se fait embaucher par la firme Automobiles Grégoire. Il devient concessionnaire de la marque en ouvrant un magasin de voiturettes de sport, au 6 avenue de la Grande Armée à Paris. Dans le même temps, il s’initie au sport automobile et à la mécanique. L’année suivante, il passe ses vacances d’été chez l’oncle de son ami Quellennec, à Sapicourt près de Reims. Le 22 août, il se rend à Bétheny pour La Grande Semaine d’Aviation de la Champagne et c’est une révélation pour lui. Après ce meeting, il décide de devenir de consacrer sa vie à l’aviation. En 1910, il investit les bénéfices fait avec son magasin d’automobiles, pour acheter son premier avion, une Demoiselle Santos-Dumont. Comme il n’existe pas encore d’école de pilotage, c’est tout seul qu’il apprendra à voler sur l’aérodrome d’Issy-les-Moulineaux. Il sera tout de même aidé par le suisse Edmond Audemars, un autre Demoiselliste, qu’il rencontre sur l’aérodrome. Le 14 juillet, il est engagé par le Comité Permanent des Fêtes de Cholet pour les cérémonies de la fête nationale et cinq jours plus tard, obtient son brevet de pilote le numéro 147.

Avec ce sésame en poche, Roland Garros peut participer aux nombreuses compétitions aériennes qui se déroulent en Europe et en Amérique, mais malgré ses indéniables qualités de pilote il n’en remporte aucune et les journalistes le surnomme ironiquement « L’éternel second ». Ce n’est qu’en 1912 qu’il décrochera enfin ses premières victoires en s’imposant sur le Circuit d’Anjou et le Meeting de Vienne. En plus des courses, le jeune aviateur établit de nombreux records d’altitudes en France et en Amérique, mais c’est le 23 septembre 1913 qu’il va réellement entrer dans l’histoire de l’aviation en s’élançant de Fréjus à bord d’un Morane-Saulnier de type H et en atterrissant à Tunis après avoir survolé toute la Méditerranée en 7 heures et 53 minutes. Il est le premier homme à réaliser cet exploit et à son retour à Marseille puis à Paris, il est accueilli en héros par la presse. En juin 1914, Roland Garros se rend en Autriche avec le tout nouveau Morane N afin de participer pour la troisième fois au Meeting de Vienne. Au cours de la compétition, un dirigeable militaire autrichien percute un Farman et les deux appareils s’écrasent au sol en causant la mort de neuf officiers. C’est la première catastrophe aérienne majeure de l’histoire. Tout les aviateurs français présents, décident de parer leur avions de noir avant de survoler les lieux du crash pour offrir aux victimes de magnifiques funérailles aériennes.

Le 28, l’assassinat de l’Archiduc François Ferdinand à Sarajevo va précipiter toute l’Europe dans la guerre en quelques semaines. Roland Garros décide le 2 août de s’engager comme simple soldat pour la durée de la guerre. Il est d’abord affecté à l’escadrille Morane-Saulnier MS23, avec laquelle il exécute des missions d’observation, de reconnaissance, mais aussi des lâchages d’obus empennés et des combats aériens avec un observateur armé d’une carabine ou d’un mousqueton. A l’époque, l’armement est inexistant sur des avions fait d’une structure en bois et en acier léger.

Très rapidement, Raymond Saulnier demande à ce que son ami Roland Garros soit affecté avec lui au Camp Retranché de Paris afin de l’aider dans ses recherches pour armer les avions. En janvier 1915, les deux hommes achèvent le premier prototype d’avion de chasse monoplace munie d’une mitrailleuse capable de tirer à travers une hélice blindée. Roland Garros est alors renvoyé au front dans l’escadrille MS26. Il est aux commandes d’un Morane-Saulnier type L « Parasol » équipé de son dispositif de tir et ne tarde pas à montrer son efficacité. Dans la première quinzaine d’avril 1915, l’aviateur remporte trois victoires aériennes, les 4ème, 5ème et 6ème victoires pour les Alliés, mais surtout il est le premier pilote à avoir abattu trois appareils alors qu’il était aux commandes de² son avion.

Le 18, une panne contraint le Sous-Lieutenant Garros à se poser en territoire ennemi et il est fait prisonnier avant d’avoir pu mettre le feu à son appareil. Le système d’armement, qu’il a développé avec Saulnier, est aussitôt étudié par Anthony Fokker, mais après plusieurs échecs les ingénieurs allemands inventeront un dispositif totalement différent.

Pendant ce temps, Roland Garros est interné dans le camp de prisonnier de Küstrin, où il est rapidement considéré comme une forte tête après une première tentative d’évasion. Dans les mois et les années qui suivent, il multiplie les essais obligeant les allemands à le placer sous surveillance rapprochée. Il est régulièrement transférer vers de nouveau camp de prisonnier, c’est ainsi qu’il fréquente ceux de Trèves, Gnadenfrei, Magdeburg et Burg. Fin 1917, il est renvoyé au camp de Magdeburg, où il retrouve Anselme Marchal, un prisonnier qui parle très bien l’allemand. Ensemble, ils décident de s’échapper en confectionnant de faux uniformes allemands avec l’aide de plusieurs compagnons. Le soir du 15 février 1918, ils tentent leur chance et après avoir bernés quatre sentinelles, ils sont enfin libre. Ils trouvent des vêtements civils et entament un long périple à travers l’Allemagne pour rejoindre la Hollande. De là, ils sont transférés en Angleterre puis en France. Au cours de ces trois années de captivité, la santé de Roland Garros s’est très sérieusement détériorée, en particulier sa vue. Pour pouvoir continuer à voler, le jeune pilote est contraint de se faire réaliser clandestinement des lunettes pour corriger sa myopie. Pendant sa convalescence, il doit réapprendre à piloter des avions qui ont sensiblement évoluer pendant son absence.

Clémenceau propose à Roland Garros de devenir son conseiller auprès de l’État-Major, mais ce dernier refuse, il veut retourner se battre à bord d’un avion. Il est alors renvoyé au front et il rejoint son ancienne escadrille la MS26 qui est devenu la SPA26 depuis qu’elle est équipée de SPAD XIII. Le 2 octobre 1918, il remporte sa quatrième victoire, mais trois jours plus tard il est abattu aux commandes de son SPAD par un Fokker D VII. Après avoir explosé son appareil s’écrase sur la commune de Saint-Morel près de Vouziers.

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Monument se trouvant sur les lieux du crash de Garros

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Monument se trouvant sur les lieux du crash de Garros

Photo - Tombe Garros - EMBRY Mikaël

Tombe de Garros à Vouziers

Aujourd’hui, Roland Garros est inhumé dans le carré militaire de Vouziers et un monument a été édifié sur les lieux du crash.

Coordonnées G.P.S. de la sépulture : N 49° 24′ 00,9″ – E 004° 41′ 56,0″

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Tombe de Garros aujourd’hui

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Tombe de Garros aujourd’hui

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Tombe de Garros aujourd’hui

L’aviateur est également connu pour le célèbre tournoi de tennis qui porte son nom. C’est Émile Lesieur, un ancien camarade d’H.E.C de Roland Garros, qui décidera en 1927 de donner au stade de tennis parisien le nom de l’aviateur.

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