Jules CHEVALIER fusillé le 21 octobre 1914 à Récicourt

Le 21 octobre 1914, les hommes du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied sont réunis dans une pâture aux alentours de Récicourt pour assister à l’exécution de deux de leurs camarades. L’un d’eux était le Chasseur de 2ème Classe CHEVALIER.

Jules Louis Lucien CHEVALIER est le fils de feu Fortuné, cultivateur et son épouse Adèle Rosine, née MAUREL. Il voit le jour le 7 janvier 1881 aux Eyssautiers, un petit hameau de la commune de Saint-Michel 1 dans les Basses-Alpes 2.

Village de Saint-Michel avant la guerre – Collection particulière

En 1902, le jeune homme vit à Marsillargues dans l’Hérault où il est cultivateur. Reconnu apte au service militaire par le conseil de révision de Forcalquier, il arrive le 15 novembre à Grasse pour être incorporé en tant que Chasseur de 2ème Classe au 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied. Sa conscription se déroule sans problème jusqu’au 23 septembre 1905, date à laquelle il retourne vivre à son ancienne adresse en ayant obtenu son certificat de bonne conduite.

Caserne du 23ème Bataillon de Chasseurs à Pied à Grasse – Collection particulière

Le 23 novembre 1905, Jules quitte l’Hérault pour aller s’installer au 217 de la rue d’Alésia dans le XIVème arrondissement de Paris. Il déménage quelques semaines plus tard au 42 de l’avenue de Châtillonn 3, avant d’abandonner la capitale pour Alfortville le 6 janvier 1906. A l’été 1909, il doit retourner à la caserne du 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied pour effectuer sa première période d’exercice dans la réserve de l’armée d’active. Le 16 février 1910, il emménage à Charenton-le-Pont avant de rejoindre les Chasseurs Grassois pour accomplir une nouvelle période d’exercice en juin.

Le 1er août 1914, comme des milliers d’autres Français, Jules est rappelé par le décret de mobilisation générale et conformément aux instructions figurant dans son livret militaire, il se rend à Grasse. Il arrive à la caserne du 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied le 5 août et après avoir été entièrement équipé, il rejoint la région de Touët-de-Beuil 4 où le reste de l’unité surveille la frontière alpine.

Touët-de-Beuil dans les Alpes-Maritimes – Collection particulière

L’Italie ayant choisi la neutralité dès les premiers jours du conflit, le haut commandement décide de redéployer les Chasseurs Grassois dans le nord-est de la France. Le régiment embarque à Nice le 12 août et arrive en gare de Ceintrey dès le lendemain pour se mettre immédiatement à la poursuite d’un ennemi qui va refuser le combat pendant des jours. C’est finalement en arrivant à Dieuze le 19 août que le 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied va connaître son baptême du feu, avant de combattre à Gelucourt, Lunéville et Lamath-Xermaménil.

Le 12 septembre, Jules est affecté au 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied qui stationne à Vassincourt pour reconstituer ses effectifs après l’éprouvante bataille de la Marne. Deux jours plus tard, l’unité fait mouvement et se diriger vers la rive gauche de la Meuse. Elle arrive le 16 septembre à Cumières-le-Mort-Homme pour tenter de progresser sur l’axe Forges-sur-Meuse – Montfaucon-d’Argonne, mais elle ne tarde pas à se heurter à une forte résistance de l’ennemi. Ne parvenant plus à avancer, elle subit pendant plusieurs jours des bombardements violents, avant d’être relevé. A la fin du mois, Jules et ses camarades vont organiser et défendre les bois de Cheppy, de Malancourt et les environs de Vauquois. Le 30 septembre, la 22ème Compagnie du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied est bombardée vers 15h30 alors qu’elle occupe les positions du Pont des Quatre Enfants. Les Chasseurs Jules CHEVALIER et Pierre ETCHEVERRY quittent les tranchées et disparaissent pendant plusieurs jours.

Jules réintègre son unité le 5 octobre 1914 lorsqu’elle arrive à Brabant-en-Argonne, mais son absence a déjà été signalé au commandement. Le Chasseur est arrêté quelques temps plus tard, puis transféré à Récicourt dans les locaux du quartier général de la 29ème Division d’Infanterie pour y être interrogé dès le 8 octobre. Au cours de son interrogatoire Jules explique que lorsque « les obus tuer et blesser des hommes près de lui […] il se jeta dans le bois, s’y perdit et erra ainsi […], n’osant […] se montrer [par] peur de se trouver dans les lignes allemandes 5 ». En arrivant le 3 octobre en fin d’après-midi à Brabant-en-Argonne, « il se présenta au 24ème Bataillon de Chasseurs dont le Lieutenant-Colonel lui prescrit d’attendre l’arrivée du 6ème Bataillon qui devait avoir lieu dans la nuit du 4 au 5 5 ». A la fin de l’enquête, le Général commandant la 29ème Division d’Infanterie décide de laisser son conseil de guerre permanent statuer sur le sort des Chasseurs Jules CHEVALIER et Pierre ETCHEVERRY. Un tribunal composé du Lieutenant-Colonel TOUPNOT du 55ème Régiment d’Artillerie, du Chef de Bataillon MARTIN du 3ème Régiment d’Infanterie, du Capitaine de Gendarmerie SARLOT de la Prévôté de la Division, du Lieutenant BARTHELEMY du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied et de l’Adjudant LAURENT de la même unité, se réunit le 19 octobre 1914 au quartier général de la division et malgré l’aide du Lieutenant FABREGOUL du 3ème Régiment d’Infanterie pour se défendre, les deux accusés sont reconnus coupable d’abandon de poste et de désertion en présence de l’ennemi. Le conseil de guerre les condamnent à la peine capitale et à verser la somme de 24,80 francs pour s’acquitter des frais de justice.

Récicourt pendant la guerre – Collection Mikaël EMBRY

Le 21 octobre 1914, Jules arrive sous bonne escorte dans une pâture des environs de Récicourt où ses camarades du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied ont été réunis. Placé devant un peloton d’exécution, il est passé par les armes après la lecture de sa condamnation. Sa dépouille à sans doute d’abord été inhumé à Récicourt, mais sa sépulture actuelle reste introuvable. Son décès est finalement transcrit le 16 décembre 1916 à Saint-Michel1, où il figure sur le monument aux morts alors qu’il n’a toujours pas été réhabilité.

1 – La commune s’appelle aujourd’hui Saint-Michel-l’Observatoire
2 – En 1970 les Basses-Alpes sont devenues les Alpes-de-Haute-Provence
3 – Cette avenue s’appelle aujourd’hui Avenue Jean Moulin
4 – La commune s’appelle aujourd’hui Touët-sur-Var
5 – Extrait de l’interrogatoire des Chasseurs Jules CHEVALIER

Sources :
Historique du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied – Bibliothèque Nationale de France – FRBNF41477924
Historique du 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied – Bibliothèque Nationale de France – FRBNF42716580
Dossier de procédure de procès du Chasseurs Jules CHEVALIER et Pierre ETCHEVERRY – Service Historique de la Défense – SHD/GR 11 J 1134

Quartier des officiers du Reserve Feldartillerie Regiment Nr. 19

Le Reserve Feldartillerie Regiment Nr. 19 arrive en Argonne avec le reste de la 19 Reserve Division en juillet 1916. L’unité installera ses canons dans le Bois de la Gruerie où la 9° Batterie a laissé une trace de son passage.

Les artilleurs de la 9° Batterie du Reserve Feldartillerie Regiment Nr. 19 vont construire non loin de l’entrée du Frenkelstollen tout un complexe d’abris destiné à leurs officiers. Cet ensemble se compose de plusieurs salles souterraines reparties autour d’une cour.

Panorama depuis la cour – Photographie EMBRY M.

Une tranchée menant à la cour dispose encore d’un accès qui est surmonté d’un cartouche.

Cartouche surmontant un ancien accès – Photographie EMBRY M.

Sur celui-ci on peut lire :

OFFIZIERSHEIM
ERBAUT VOM
R.F.A.R. 19
9.(F) BATT.

Quartier des officiers
Construit par
19 Régiment d’Artillerie de Campagne de Réserve
9. (F) Bataillon

Afin de préserver ce vestige, sa localisation exacte ne sera pas divulguée.

Une tranchée bétonnée allemande

Cette tranchée se trouve au beau milieu du Bois de la Gruerie, non loin de deux anciens cimetières allemands aujourd’hui désaffectés.

Vue général de la tranchée – Photographie M. EMBRY

 

Après avoir creusé ce retranchement de campagne, les soldats allemands ont pris soin de le recouvrir d’une mince couche de béton qu’ils ont armés avec un grillage souple.

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Banquette de tir depuis l’intérieur de la tranchée – Photographie M. EMBRY

Situé sur la crête d’un ravin et la tranchée dispose d’une banquette de tir est orientée vers le versant opposé. Bien que remarquable cet ouvrage n’a probablement connu aucun combat puisqu’il se situe dans les arrières allemands à plusieurs kilomètres des premières lignes.

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Banquette de tir – Photographie M. EMBRY

Les intempéries et les racines des arbres abîment petit à petit ce vestige qui finira par disparaître. Cependant sa localisation exacte ne sera pas divulguée afin de permettre sa conservation.

Les fusillés d’Argonne

De tous les sujets touchant à la Grande Guerre, celui des fusillés est sans aucun doute l’un des plus complexes et surtout l’un des plus enclin à la polémique. Avant de nous intéresser à l’histoire de ces derniers durant le conflit et plus particulièrement sur le front Argonnais, commençons par répondre à une question.

C’est quoi un fusillé ?

Il s’agit d’un militaire ayant commis un délit ou un crime civil ou militaire pour lequel la justice prévoit l’application de la peine capitale. Une fois condamné par un tribunal ou un conseil de guerre, le militaire est placé devant un peloton qui se charge de son exécution.

Cette définition simple, l’est en fait un peu trop. Elle permet cependant une bonne entrée en matière, même s’il s’agit d’un sujet aux ramifications très étendues. Il est en effet difficile de classer tous les fusillés avec les mêmes critères, puisque chaque cas est différent. Avant de nous pencher sur les chiffres nationaux et locaux, donnons un cadre à ce thème.

Au début du XX° siècle, toutes les armées du monde disposaient d’une justice militaire chargée de sanctionner les déserteurs et les soldats récalcitrants. Pour condamner ces derniers, les tribunaux et les conseils de guerre s’appuyaient sur le code de justice militaire et l’arsenal de sanctions plus ou moins sévères qu’il mettait à leur disposition. La peine de mort était sans aucun doute la sentence la plus extrême, même s’il ne faut pas oublier que bon nombre de nations européennes appliquaient encore la peine capitale pour certains crimes civils.

Au cours de la Grande Guerre, les belligérants n’ont pas tous appliqué les mêmes mesures face aux insoumis. L’Australie, par exemple, choisira de ne pas les condamner à la peine capitale, puisque ses soldats s’étaient tous engagés volontairement pour venir se battre en Europe ou en Orient. En plus de ces différentes attitudes, il est important de prendre en compte l’évolution des mentalités dans le temps. En effet, avec l’enlisement du conflit, certaines nations, comme la France, vont adapter leur politique de répression. Ainsi les armées tricolores fusilleront plus de soldats entre 1914 et 1915, qu’au cours des trois années suivantes, le commandement ayant compris l’inutilité des exécutions pour maintenir l’ordre et la discipline dans ses rangs.

BDIC - Le Claon - Le Valois - VAL 193-152

Triple exécution au Claon en 1916 – BDIC – Fond Valois (VAL 193/152) – Cl. Docteur X

Aujourd’hui, le travail sur les fusillés français est rendu possible grâce à l’ouverture des archives militaires, mais l’accès à ces fonds soulèvent de nombreuses questions et ouvrent surtout de nouveaux débats sur la réhabilitation partielle ou complète de ces hommes. Les médias se sont également emparés du sujet et ils n’hésitent pas à regrouper tous ces militaires sous l’appellation, parfois erronée, de « fusillé pour l’exemple ».

Ce terme ne concerne que les soldats qui ont été condamnés pour un délit précis et dont l’exécution a été utilisée comme exemple pour garantir l’obéissance de la troupe. Or tous les hommes passés par les armes ne l’ont pas été dans ces conditions, certains ont été condamnés pour espionnage ou pour avoir commis des crimes de droits communs.

Florent-en-Argonne blog

Deux tombes de fusillés au cimetière de Florent-en-Argonne (51) – Photographie E.M.

Le livre du Général André Bach, « Fusillé pour l’exemple – 1914-1915 » paru aux éditions Tallandier en 2003, permettra au grand public de découvrir la condition de ces hommes, mais surtout il donnera un cadre historique à ce sujet. Après lui de nombreux historiens se sont penchés sur les fusillés et en quelques années les publications et les ouvrages se sont multipliés, ce qui nous permet de mieux cerner l’histoire et le parcours de ces militaires relégués à la marge de l’armée et de leur pays.

De nos jours, on estime à 2500 le nombre de condamnations prononcées par les conseils de guerre français au cours de la Grande Guerre. Fort heureusement ces dernières ne furent pas toutes appliquées puisque certains hommes ont pu bénéficier de recours en grâce. Les autres ont vu leur peine remplacée par un séjour en prison, un envoi au bagne ou dans un atelier de travaux public. D’autres ont été envoyés dans des unités disciplinaires, mais ces affectations étaient souvent synonyme d’une mort annoncée.

Si l’on s’en tient aux chiffres présentés par le Général Bach dans son livre, les armées françaises ont exécuté près de 650 hommes pour des crimes et des délits militaires, auxquels il faut encore ajouter une cinquantaine de soldats pour des crimes de droits communs et autant pour espionnage. Le bilan pour la France s’élèverait donc à 740 militaires fusillés, mais là encore il faut relativiser cette somme et la considérer comme un minimum. En effet, certains militaires ont été exécutés sommairement sans véritable procès, parfois même au bord d’une route lors du déplacement d’une unité. Ces cas n’ont laissé quasiment aucunes traces archivistiques, ce qui les rend très difficiles à identifier.

Stat fusillé

Statistiques établies par le Général André Bach dans « Fusillé pour l’exemple 1914-1915 » – Tallandier – 2003

Peu avant l’ouverture du Centenaire de la Grande Guerre, le Service Historique de la Défense a annoncé avoir comptabilisé plus de 1000 militaires exécutés au cours du conflit. Ce chiffre peut paraître impressionnant, mais la France ne fut pas la seule à fusiller ses insoumis. L’Italie a passé par les armes près de 750 soldats, les Anglais ont quant à eux tués environ 330 hommes, alors que l’Allemagne ne fera que 48 exécutions. Ces chiffres très nuancés, montrent bien la quasi généralisation de l’application de la peine capitale tant chez les alliés que chez l’ennemi.

Le front Argonnais, comme tous les autres, a eu son lot d’exécutions et après avoir travaillé sur les fonds d’archives, on peut établir un premier bilan, permettant d’estimer que les pelotons ont fait une petite centaine de victimes dans la région. Ces exécutions ne sont pas uniformément réparties sur le territoire, mais suivent plutôt l’évolution du front. La grande majorité de ces dernières ont cependant eu lieu dans les villages et les campements de l’arrière, même si quelques hommes ont été fusillés à seulement quelques centaines de mètres des tranchées.

carte argonne vierge

Fond de carte F. Wittmann – Synthèse cartographique M. Embry

La majeure partie de ces militaires ont été passés par les armes pour des crimes ou des délits commis dans la région, certains ont été jugés et condamnés pour des méfaits commis dans d’autres secteurs.

Année 1914 :

BERTRAND Pierre Lucien
BIGEREL Albert Constant
BOURGEOIS Auguste Charles
CARDON Georges Alexandre
CHEVALIER Jules Louis Lucien
DELATTRE Michel
DESPRES Alphonse Émile
ETCHEVERRY Pierre
FOQUINO Alexandre
GENON Maurice Ernest
HAUBERT Auguste Eugène
JADOT Lucien
LETURGEZ Ernest Auguste
LOCHE Alfred
MAGNIER Léon Séraphin Maurice
NAUDIN Louis Isidore Marcel
SCHMITT Victor
SEVERIN Maurice David
TERRIER Ernest

Année 1915 :

ALEXANDRE Ernest
BARBELIN Pierre André
BENOIT Louis
BERTOUILLE Félix
BESNARD Toussaint
COHET Gaston Charles Joseph
CREN Henri Pierre
CRISTINI Barthélémy
DENES François Marie
DIZAY Maurice Jules Alfred
DUBOIS René Léon Julien
FLAMME Lucien
FIQUET Jules
LABROSSE Antonin
LANGAREL Louis
LEFEVRE Marcel Théodule Louis
LEGER Pierre Lucien
LEPENANT Louis François
LEROUX Fernand Firmin
LEVIEUX Lucien Jean
LOUCHARD Germeuil Georges
MAILLET Marin Hubert
MORET Jean Auguste
PAISANT Marcel Alexandre Barthélémy
PENVERN François Marie
PEYRICAL Léon François
PROUST Clément Gustave
RAVAULT Georges Louis
ROUX Émile Ferdinand
TALBOT André Saturnin
TERREIZ Émile
UDRON Henri Ernest
VIDAL Albert Louis Jean Victor

Année 1916 :

ALBAUD Eugène Joseph
BERNARD Guillaume
BERTIN Joseph
CORD’HOMME René Louis Ambroise
CROIZE Albert
ERMAN René Auguste
FERRAND Fernand Adrien
HENAFF François Marie
JUIN Armand Théophile
LACROIX Augustin Joseph Maurice
LELACHE Louis Alexandre
LEMAIRE Adolphe Clément
LUIGI Virgo
ROBERT Maurice Léon Auguste Émile

Année 1917 :

CHEMIN Marcel Arsène
LE FRANCOIS Adolphe
LEBOUC Marcel Jules Gilbert
MILLE Henri

Année 1918 :

SIMONNET Eugène

Cette première liste permet de voir que les chiffres locaux sont semblables aux statistiques nationales. Elle permet également de voir l’évolution de la mentalité du commandement local, puisque même si 1915, marque un pic notoire avec 33 exécutions, c’est 1914 qui est l’année la plus meurtrière en Argonne avec 19 fusillés en moins de six mois de guerre.

Vous pourrez bientôt découvrir le résumé de chaque procès ainsi que des informations sur les motifs de condamnation de chaque homme.

L’Argonne à l’heure 14:18 tient à remercier la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine pour l’utilisation de certains documents et Madame F. Wittmann pour son fond de carte.

Les séquelles environnementales laissées par la Grande Guerre

Ce livre propose une approche plutôt singulière de la Grande Guerre. Son auteure, Isabelle Masson-Loodts, une journaliste indépendante belge, a décidé d’y développer son étude sur les séquelles environnementales laissées par les combats du front de l’ouest.

Couverture du livre "Paysage en Bataille"

Couverture du livre « Paysage en Bataille »

En temps normal, je suis plutôt frileux envers ces « nouvelles » études, que je considère souvent comme très superficielles. De mon point de vue, les historiens actuels centrent trop souvent leurs recherches sur de grandes groupes classés suivant des critères plus ou moins larges, mais où le combattant, l’homme qui se trouvait sous l’uniforme est souvent oublié. Lorsque j’ai rencontrer Isabelle, je dois avouer que j’ai été encore plus septique, puisqu’elle met la Grande Guerre à la « sauce » environnementale. Je dois l’avouer, je ne suis pas friand de cette mode actuelle du tout écolo que nous retrouvons dans les médias et qui souvent sert le commerce. Mes recherches m’amènent plus souvent à aborder l’histoire militaro-militaire, mais surtout à étudier la vie des Poilus en tant qu’individu.

Alors comment en suis-je venu à m’intéresser au travail et au livre d’Isabelle ?

Tout a commencé à l’été 2015, lorsque l’auteure m’a contactée pour visiter un secteur bien précis du front Argonnais. Lors de cette première approche, il n’a pas été question de son travail, mais de celui de son père, le Docteur Patrick Loodts. Il est lui aussi passionné par la Grande Guerre, principalement par l’évolution de la médecine au cours de cette période. Il présente une partie de ses recherches sur son site. Cette sortie devait lui permettre de se suivre les traces d’un certain Louis Maufrais, médecin auxiliaire du 94° Régiment d’Infanterie. Après quelques échanges par mails, un rendez-vous est finalement fixé.

A la date prévue, nous nous retrouvons au pied du Tulipier Sanglant de Vienne-le-Château et après les présentations d’usage, nous prenons la route pour rejoindre le petit hameau de La Harazée. Ce sera le départ d’une randonnée pédestre à travers les forêts Argonnaises, mais surtout l’ouverture pour moi d’un nouvel axe d’étude de la Grande Guerre. Notre petit groupe, composé d’Isabelle, de son mari, d’un photographe qui travaille avec elle et de son père Patrick, s’enfonce rapidement dans le Bois de la Gruerie et chemin faisant le médecin m’explique qu’il souhaite particulièrement se rendre à Bagatelle. Il tient à s’imprégner des lieux qu’a connu le jeune Louis Maufrais en arrivant en Argonne, mais surtout il cherche à comprendre le relief et l’organisation si particulière de ce petit front situé entre Verdun et la Champagne.

Les premiers kilomètres nous permettent de faire plus amples connaissances et rapidement j’entame des discussions très « 14-18 » avec Isabelle. Elle m’apprend qu’elle est diplômée en archéologie, domaine dans lequel elle va travailler pendant près de sept ans. En 2000, elle décide de suivre une irrépressible envie et elle abandonne l’histoire des premiers hommes pour se tourner vers ses contemporains et l’étude de l’environnement qui l’entoure. Son travail journalistique reste cependant très marqué par son cursus initial et elle continuera à s’intéresser à l’histoire, mais contemporaine cette fois. Elle a d’ailleurs coécrit avec son père le livre « La Grande Guerre des soignants. Médecins, infirmiers et brancardiers de la Grande Guerre » qui a été publié en 2009, aux éditions Memogrammes.

Alors que nous traversons grandes futaies et taillis, Isabelle oriente petit à petit la conversation vers son sujet de prédilection.

Les séquelles environnementales de la Grande Guerre!

Dans un premier temps, je suis assez réservé quant à cette approche quelques peu déroutante. Que viennent faire la défense des arbres et de la nature dans l’histoire d’un des conflits majeurs du XX° siècle. Rapidement les discussions sur le biotope local et les combats de la région se mêlent, permettant à Isabelle de me faire voir la Grande Guerre à travers son « regard ». Elle m’explique avoir commencé à étudier ce sujet en 2010 lorsqu’elle a lancé une grande enquête publique baptisée « Paysage en Bataille ». Le but était simple, recenser les sites pollués par les combats et créer une première base de données afin d’étudier les conséquences environnementales actuelles. Dans le même temps, la journaliste a pris son bâton de pèlerin pour arpenter l’ancienne ligne de front entre Ypres et Belfort. Elle va y rencontrer des chercheurs, des membres de l’administration forestière, mais aussi passionnés qui vont l’aider dans son repérage. Après deux ans de travail, elle a récolté assez d’informations pour publier une première série d’articles. Ces derniers lui permettront d’obtenir le soutien du Fond pour le Journalisme pour poursuivre son étude et publier le livre « Paysage en Bataille », sorte de premier bilan de son travail. Elle va peu à peu augmenter sa communication et travailler sur la série audio-visuelle « 14-18 Traces et Empreintes », mais aussi sur la série radiophonique « Dernières nouvelles du front », qui seront diffusées pendant l’été 2014 par La Première (RTBF).

Plus nous nous approchons de Bagatelle et plus je m’immerge dans la vision du front d’Isabelle. La première des pollutions évoquées ensemble est celle de l’eau. Avec les millions de munitions tirées au cours des combats, il est tout à fait possible que les nitrates ou autres molécules chimiques aient traversé les sols pour contaminer les nappes phréatiques. Cette eau que nous consommons tous les jours sur l’ancien front vient de ces réservoirs naturels et pourtant même avec les moyens techniques modernes, il est impossible de dire si ils ont été pollués ou non par ces agents chimiques. Les relevés et autres analyses de l’eau potable sont assez récents, ce qui restreint toute remontée dans le temps et donc toute conclusion. On pourrait croire que ce type d’atteintes à l’environnement se limitent aux zones de combat, mais non! Isabelle me parle d’un cas pollution directe en Belgique. Après les guerres, les démineurs ont ramassés une grande quantité d’obus à gaz sur le champ de bataille, mais ces munitions n’étaient pas « recyclable » à l’époque, alors ils reçurent l’ordre de les immerger en pleine mer. L’oxydation a rongé les obus et après près d’un siècle passé sous les flots, le gaz qu’ils contiennent sous forme liquide se diffuse petit à petit aujourd’hui dans le milieu maritime. A force de discussions, certaines de mes recherches militaro-militaires prennent un autre sens. Je repense alors à un cas qui a eu lieu dans la région à la fin de l’année 1914 et une bride de journal des marches et opérations me revient en mémoire.

J’explique à Isabelle, qu’un dépôt de munitions a accidentellement sauté le 30 décembre dans le village du Neufour. A ce jour je n’avais résonné qu’en pertes humaines et matériels en mettant inconsciemment de côté une petite information. Après déblaiement du site, les soldats retrouveront des obus sphériques pour mortier de 15 n’ayant pas explosés. Le commandement, les jugeant trop instables, prendra la décision de les faire noyer dans la Biesme toute proche. Ces munitions ont pollué le cours d’eau à l’époque et il est tout à fait possible qu’elles continuent à le faire puisque nous ne savons pas si elles ont été enlevées.

En début d’après-midi nous sommes de retour aux véhicules et le petit groupe me remercie de les avoir accompagnés sur le terrain. Nous discutons encore quelques minutes avec Isabelle, qui a réussis à me convaincre du bien fondé de ses recherches. Avant de nous quitter elle m’offre son livre, que je lirais dans les jours qui suivront.

Dans son ouvrage, Isabelle nous propose de la suivre dans sa quête des séquelles laissées par la Grande Guerre sur l’environnement. Elle commence par arpenter sa Belgique natale, d’abord à Ypres pour rencontrer plusieurs autorités et participer au The Last Post, une cérémonie émouvante qui a encore lieu de nos jours à la Porte de Menin et ce depuis 1928. Après de longues négociations, elle parvient à obtenir l’autorisation d’entrer dans l’usine de Poelkapelle, où les démineurs belges traitent les munitions chimiques des deux dernières guerres. Elle continue ensuite ses recherches dans d’autres secteurs du front, notamment le Chemin des Dames et l’Alsace. Son enquête l’emmène également à Verdun, où elle croise la route de deux scientifiques allemands, de l’Université Gutemberg de Mayence. Ils étudient la « Place à Gaz » ! Un lieu qui a servi à incinérer près de 200 000 obus chimique au sortir du conflit. Aujourd’hui encore on relève dans cette zone des taux d’arsenic ou de métaux lourds bien supérieurs à la normale, pourtant la population meusienne n’a appris son existence que très récemment.

En bref, « Paysage en Bataille » vous fera découvrir le Grande Guerre à travers les yeux d’Isabelle Masson-Loodts. Une vision mêlant l’environnement à la vie des combattants de 1914 et l’histoire à l’impact actuel de la première grande guerre industrielle que connue la planète.

Si vous voulez de plus amples informations sur le projet « Paysage en Bataille » d’Isabelle Masson-Loodts, vous pouvez consulter sa page Facebook ou son blog. Pour vous procurer le livre « Paysage en Bataille » prenez contact avec la maison d’édition Nevicata.

Le long voyage d’un crucifix

Après l’entrée en guerre des États-Unis le 6 avril 1917, des milliers de bateaux accostent en Europe pour débarquer près de deux millions de Sammies. Ces nouveaux soldats sont immédiatement dirigés vers des camps où les Français et les Anglais se chargent de leur instruction, puisque le service militaire n’existe pas outre-Atlantique. Petit à petit, les divisions américaines sont engagées sur le front de l’ouest pour aider les alliés dans leurs grandes offensives. Les Américains participeront ainsi à la Deuxième Bataille de la Marne entre mai et août 1918, puis à la libération du saillant de Saint-Mihiel avant d’être déployés dans le secteur de Verdun.

Le haut commandement réfléchit depuis plusieurs semaines à un vaste plan offensif pour soulager Verdun et relancer la guerre de mouvement en repoussant l’ennemi vers le nord. Le terrain choisit pour cette assaut est situé dans un secteur à l’ouest de la place forte et qui est réputé calme depuis plusieurs mois, l’Argonne.

L’opération sera menée conjointement par la IVème Armée française, du Général Gouraud et la 1ère Armée américaine du Général Pershing. Les troupes françaises établiront leur tête d’assaut dans la vallée de l’Aisne et progresseront vers le nord en longeant celle-ci, tandis que les Sammies exécuteront la même manœuvre dans la vallée de l’Aire à l’est.

En prévision de cette offensive, d’importants moyens humains et matériels sont acheminés en Argonne, repeuplant ainsi les villages et les camps de la région. Courant septembre des unités de blindés françaises et américaines débarquent dans les gares locales et stationnent à l’arrière en attendant l’ordre de départ.

Carcasses blindées

Carcasses de blindées après l’attaque Meuse-Argonne – Collection E.M.

Le 24 septembre 1918, les 2075 hommes du 110th Infantry Regiment sont déployés dans les environs de Neuvilly-en-Argonne. Le Lieutenant-Colonel Edward Martin, commandant le régiment et son état-major s’installe son poste de commandement à la ferme d’Abancourt pendant que l’infirmerie de l’unité prend ses quartiers dans l’église du village.

Château d'Abancourt

Le château d’Abancourt a été détruit au début de la guerre – Collection E.M.

Toute l’Argonne s’embrase le 26 septembre 1918, lorsque le Grand Quartier Général déclenche l’offensive Meuse Argonne!

En quelques heures, un impressionnant dispositif d’assaut se met en branle et écrase les tranchées ennemies sous un feu puissant.Les Allemands sont rapidement contraint de reculer face à cette déferlante d’obus et de combattants que même les mitrailleuses ne semblent pouvoir arrêter. Les premiers blessés arrivent bientôt à l’arrière et dans le secteur de Neuvilly-en-Argonne, ils convergent vers l’église où les attendent les infirmiers du 110th Infantry Regiment dont un jeune Kansasais de 22 ans, Alfred Hayes. Dans les jours qui suivent le déclenchement de l’attaque, les artilleries allemandes et alliées vont se livrer un duel sans merci et pilonner la vallée de l’Aire et ses villages, Neuvilly-en-Argonne ne sera pas épargnée.

Eglise de Neuvilly-en-Argonne

Poste de secours américain dans l’église de Neuvilly-en-Argonne – Collection E.M.

D’abord lente, la progression des troupes franco-américaine s’accélèrent après la prise de certains points de résistance, comme Montfaucon-d’Argonne. Cette avancée massive des troupes combattantes vers le nord et les Ardennes, va obliger le commandement à revoir complètement son organisation de l’arrière et surtout à redéployer les unités d’intendances et médicales plus en avant. Fin octobre les infirmiers du 110th Infantry Regiment quittent Neuvilly-en-Argonne et Alfred Hayes décide d’emporter un souvenir de ce petit village Argonnais. Il empaquette dans son barda les restes d’un crucifix qu’il a trouvé qu’il a trouvé dans l’église avant de suivre ses camarades vers le nord. Après la guerre, il embarque pour les États-Unis avec ce petit fragment du mobilier religieux d’Argonne.

A la mort de l’ancien combattant, sa fille hérite du crucifix et le transmettra elle-même à sa fille, Patricia Carson. C’est ainsi que pendant près d’un siècle, la famille d’Alfred Hayes va conserver ce petit morceau du patrimoine Argonnais, mais à l’approche du Centenaire de la Grande Guerre, la descendante du Sammies a souhaité le restituer.

Avant d’être restitué, le crucifix a été examiné par Monsieur Janvier, conservateur des antiquités et objets d’art qui a conclut qu’il s’agissait initialement d’une croix d’autel en laiton probablement fondue au XVIIIème siècle.

Neuvilly-en-Argonne Croix - E.M.

Crucifix récupéré par Alfred Hayes dans l’église de Neuvilly-en-Argonne – Photographie E.M.

La croix sera finalement rendu à la commune de Neuvilly-en-Argonne lors d’une cérémonie le 23 juin 2013. Aujourd’hui elle est exposé dans une petite niche à droite de l’autel.

Coordonnées G.P.S. de l’église : N 49° 09′ 41,0 » – E 005° 03′ 34,4″

Venir en Argonne

Vous êtes de plus en plus nombreux à venir visiter l’Argonne et ses champs de bataille. Alors voici quelques adresses utiles pour préparer votre séjour touristique ou votre pèlerinage sur les traces d’un de vos aïeuls tombés durant la Grande Guerre.

Office de tourisme du Pays d’Argonne :

L’Office de Tourisme du Pays d’Argonne se trouve 6, Place de la République à Clermont-en-Argonne (face à la mairie). L’équipe sera heureuse de vous accueillir pour vous donner tous les renseignements sur les événements mémoriels qui auront lieu pendant votre séjour, alors n’hésitez pas à vous y rendre.

Office de Tourisme du Pays d’Argonne
6, Place de la République
55120 Clermont-en-Argonne
Tél.: 03 29 88 42 22

L’Office dispose également de deux sites internet, le premier est plutôt généraliste et vous permettra d’organiser votre séjour (hôtel, gîtes, chambres d’hôtes, restaurants, etc.) et de découvrir l’Argonne de Louis XVI à la Seconde Guerre Mondiale :

http://www.tourisme-argonne.fr/index.php

Le second est dédié à la Grande Guerre en Argonne :

tourisme-argonne-1418.fr

Association Les Amis de Vauquois :

L’association des Amis de Vauquois gère la Butte de Vauquois depuis 1985. Ses bénévoles assurent l’entretien, l’étude du réseau de souterrain de ce front particulier que vous pourrez visiter.

Association Les Amis de Vauquois
1 rue d’Orléans
55270 VAUQUOIS
Tél. : 03 29 80 73 15
amis.vauquois@wanadoo.fr
www.butte-vauquois.fr

American Cemetery Meuse-Argonne

Niché dans un vallon à la sortie de Romagne-sous-Montfaucon, ce cimetière américain regroupe les tombes 14246 soldats américains tombés au cours de la Grande Guerre durant l’offensive Meuse Argonne et sur d’autres fronts. Lors de votre visite, vous pouvez vous rendre au pavillon d’accueil qui se trouve sur le versant nord du cimetière pour y obtenir des informations sur les sites et monuments américains à visiter dans la région.

55150 Romagne-sous-Montfaucon
Tél. : 03 29 85 14 18
meuse-argonne@abmc.gov

Si vous avez besoin de plus d’informations, n’hésitez pas à contacter L’Argonne à l’heure 14:18 via :

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Deux frères réunis dans la mort

A la fin de la Grande Guerre, les Américains sont venus en Argonne pour participer à l’offensive franco-américaine Meuse-Argonne. Celle-ci devait permettre de percer les lignes allemandes et de relancer la guerre de mouvement.

Les États-Unis basculent officiellement dans le conflit, le 6 avril 1917 lorsque le Président Wilson déclare la guerre à l’Allemagne. Malgré cette décision tardive, des Américains prenaient déjà part aux combats en Europe. Ils s’étaient engagés volontairement dans les rangs de la Légion Étrangère ou au sein de l’Escadrille Lafayette pour se battre aux côtés des Français et des Anglais.

Le pays dispose bien du Corps des Marines, mais celui-ci ne compte que quelques milliers d’hommes qui ne seront pas suffisant. Une grande campagne d’enrôlement est alors lancé à travers les États-Unis pour recruter un maximum d’hommes souhaitant se battre. Les 7500 premiers Sammies débarquent en France le 12 novembre 1917, mais ils ne sont pas formés. Ils sont d’abord envoyé dans des camps d’entraînement où des militaires français et anglais leurs apprennent le métier de soldats. Avec cette arrivée massive de soldats américains sur le sol européen, certains membres d’une même famille se retrouvent.

Soldats Américains en Argonne - E.M.

Groupe de Soldats Américains en Argonne – Collection E.M.

Le jeune Coleman Tileston Clark quitte sa ville natale de Yonkers dans l’état de New-York pour rejoindre l’Europe. Il débarque à Bordeaux le 9 mai 1916 et il arrive à Paris deux jours plus tard pour s’engager volontairement dans la Légion Étrangère. Il participe aux combats de Verdun et du Bois le Prêtre avant de rejoindre Marseille avec son régiment le 15 octobre 1916. Six jours plus tard, il embarque pour Salonique où il combattra jusqu’en août 1917. De retour en France, l’armée lui propose de rejoindre les unités américaines, mais il choisit de continuer au sein de la Légion Étrangère. Le 27 septembre 1917, il entre à l’École d’Artillerie de Fontainebleau où il suit quatre mois de cours. A sa sortie, il est nommé Aspirant et il rejoint, le 14 février 1918, le 28° Régiment d’Artillerie de Campagne sur le front de l’Aisne. Le 28 mai, l’Aspirant Clark est grièvement blessé alors qu’il se trouve dans le secteur de Juvigny. Il est évacué sur l’Hôpital d’Évacuation 51 B d’Ambleny où il décède le lendemain des suites de ses blessures.

Voici la fiche « Mort pour la France de Coleman Tileston Clark

Le frère de l’Aspirant Coleman Clark, s’est également battu en Europe pendant la Grande Guerre. Salter Clark s’est engagé dans l’armée américaine au début de l’année 1918. En mai 1918, il quitte New-York et après un passage par Liverpool, il débarque en France le 2 juin. Pendant deux mois et demi, il stationne avec d’autres Sammies dans un camp du Pas-de-Calais, où il est entraîné par des militaires britanniques. Début septembre 1918, Salter et ses camarades du 311° Infantry Regiment sont équipés pour partir au combat. Ils rejoignent le front et combattent dans le secteur du saillant de Saint-Mihiel. Depuis octobre 1918, l’unité est dirigée vers l’Argonne pour participer aux combats autour de Grandpré. Le 19 octobre, le 311° Infantry Regiment attaque la ferme des Grêves et Salter est tué au cours de ces combats.

Salter Clark ne dispose pas de fiche de décès au Service Historique de la Défense, puisqu’il est mort au sein des armées américaines.

Vue générale de l'American Cemetery - E.M.

L’American Cemetery Meuse-Argonne peu de temps après sa création – Collection E.M.

Après la guerre, les corps des deux frères seront transférés à l’American Cemetery Meuse-Argonne de Romagne-sous-Montfaucon, où ils reposent toujours côte à côte dans le carré G à la rangée 1.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 19′ 55,4″ – E 005° 05′ 35,6″

Frères Clarck gros plan - E.M.

Tombe des deux frères Clark – American Cemetery Meuse-Argonne – Photographie E.M.

La famille Clark rendra hommage à ses combattants en 1919, en publiant un livre. Ecrit par Salter Storrs Clark et Caroline G. Clarken vous pouvez le découvrir (attention livre en anglais) ici.

L’Argonne à l’heure 14:18 tiens à remercier Monsieur J. MARIE, Président du Comité du Souvenir Français du canton de Dun-sur-Meuse pour avoir partagé ses informations sur les frères Clark. Signalons également que Monsieur MARIE est toujours à la recherche de la descendance des deux frères Clark.

La chapelle du 132° R.I.T.

Au cours des quatre longues années qu’a duré la Grande Guerre, des soldats sont venus des tous les coins de France et des colonies pour se battre en Argonne. Après avoir passé une période plus ou moins longue aux tranchées, ils partaient se reposer dans des campements forestiers ou dans des villages se trouvant à seulement quelques centaines de mètres des lignes de combat.

Les hommes profitent de ces périodes de repos pour panser leurs plaies ou pour faire le deuil de leurs camarades ou de leurs amis qui sont tombés là-bas sur le front. Leur seule échappatoire est souvent la foi. A quoi s’accrocher d’autre qu’à Dieu dans ces moments difficiles, loin de sa famille et à proximité immédiate des combats ou les hommes ont perdu toute humanité.

L’Argonne est riche en édifices religieux et compte de nombreuses églises, anciennes abbayes, ermitages ou chapelles.

Saint Rouin

Un militaire pose devant la statue du Christ de l’Ermitage de Saint Rouin – Collection E.M.

Pendant la guerre, ces dernières étaient en grande majorité inaccessible aux combattants puisque bien trop loin des lignes de combats. En effet, les quelques rares églises qui se trouvaient à proximité du front, ont été très rapidement détruite par l’artillerie.

Aubréville 1

Les ruines de l’église d’Aubréville – Collection E.M.

Aubréville 2

L’orgue dans les ruines de l’église d’Aubréville – Collection E.M.

Dans ces conditions comment prier lorsque l’on se trouve à seulement kilomètre des tranchées…

Des messes sont organisées régulièrement en forêt, mais ces offices communs ne sont pas propices au recueillement intime qui suit la perte d’un ami ou d’un bon camarade.

Messe Argonne

Messe en plein air quelque part en Argonne – Collection E.M.

Les soldats peuvent aussi se tourner vers l’aumônier du régiment qui est toujours disponible pour les écouter et les aider dans leurs prières.

Parfois les combattants ont créé eux-mêmes un lieu de culte, comme c’est le cas sur un des coteaux Argonnais qui borde l’Aisne.

Le 22 janvier 1917, les soldats du 132° Régiment d’Infanterie Territoriale débarquent à Sainte-Ménéhould et vont relever immédiatement le 63° Régiment d’Infanterie Territoriale à Saint-Thomas-en-Argonne.

Saint Thomas

Saint-Thomas-en-Argonne pendant la guerre – Collection E.M.

Placé sous le commandement du Général commandant la 16° Division d’Infanterie, les premières compagnies sont envoyées au front le lendemain. Elles occupent les tranchées du quartier de Condé dans l’Argonne ouest. Le reste du régiment s’installe dans les campements qui entourent le village, qu’il quittera courant septembre 1918, pour suivre l’avancée alliée sur Vouziers.

Au cours de l’année 1917, les hommes du 132° Régiment d’Infanterie Territoriale ont créés une petite chapelle sur les pentes d’un coteau situé à l’ouest du village de Saint-Thomas-en-Argonne et surplombant l’Aisne. Pour la construire, ils ont prélevé des pierres dans les ruines de l’église du village et c’est ainsi qu’avec trois fois rien ils ont réussi à édifier cette chapelle en assemblant astucieusement les restes de plusieurs colonnes et de maçonnerie.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 11′ 03,0″ – E 004° 51′ 49,4

Saint Thomas en Argonne 1 Blog

La chapelle du 132° R.I.T. à Saint-Thomas-en-Argonne – Photographie E.M.

Pour décorer l’édifice, le Soldat Joseph Linden a sculpté l’autel et la croix qui surmonte l’entrée. Celle-ci porte les inscriptions « 132° R.I.T. » et « Tarn-et-Garonne », la région d’origine du régiment qui était encaserné à Montauban avant la guerre.

Saint Thomas en Argonne 3 Blog

L’autel de la chapelle est l’œuvre du Soldat Linden – Photographie E.M.

Saint Thomas en Argonne 4 Blog

Une autre œuvre du Soldat Linden, la croix surmontant l’entrée de la chapelle – Photographie E.M.

Longtemps oubliés, ces vestiges ont été restaurés par l’association du Comité Franco-Allemand, a qui l’on doit également la restauration du camp de la vallée Moreau. Ces travaux ont eu lieu au début des années 2010 et ils ont permis de sauvegarder ce petit témoin de la vie de nos soldats loin de chez eux.

Les fusillés oubliés

Au cours de la Grande Guerre, presque toutes les nations ont fusillées des soldats. On estime aujourd’hui que les armées françaises ont passées par les armes près de 650 militaires pour des motifs allant du refus d’obéissance au crime. En Argonne, plusieurs dizaines d’exécutions ont été recensés et la grande majorité de ces condamnés reposent encore dans la région. Généralement inhumés non loin des lieux de leur mise à mort, leurs dépouilles ont été transférées vers les Nécropoles Nationales à la fin du conflit, les rendant de ce fait anonyme au milieu des milliers d’autres tombes.

Il y a cependant quelques exceptions, comme c’est le cas à Florent-en-Argonne. Au fond du petit cimetière de la commune, un groupe de trois sépultures se distingue parmi les caveaux familiaux.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 08′ 13,9″ – E 004° 57′ 16,1″

Florent-en-Argonne blog

Tombes des trois fusillés de Florent-en-Argonne

Il s’agit des tombes de trois soldats fusillés entre décembre 1914 et décembre 1915. Voici les informations concernant ces trois combattants :

SEVERIN Maurice est le fils de SEVERIN François Édouard et MANSEAUX Palmyre Irma. Il voit le jour à Francheval dans les Ardennes le 11 mars 1881. Avant la guerre, il était employé de commerce à Paris.
Au moment de sa condamnation, il appartenait à la 11° Compagnie du 147° Régiment d’Infanterie et avait le grade de Soldat.
Il est jugé le 23 octobre 1914 par le Conseil de Guerre Spécial du 147° Régiment d’Infanterie à Florent-en-Argonne, qui le condamne à la peine capitale pour abandon de poste en présence de l’ennemi et mutilation volontaire.
Il est exécuté le 24 octobre 1914 à Florent-en-Argonne.

Fiche de décès du Soldat SEVERIN Maurice
Dossier de procédure du Soldat SEVERIN Maurice

SEVERIN blog

Tombe du Soldat SEVERIN Maurice

 BENOIT Louis est né 6 décembre 1880 à Salviac dans le Lot, il est le fils de BENOIT Jean et de VERGNOLLES Marie. Avant la guerre, il était cultivateur vivait toujours dans son village natal.
Avant son exécution, il était Soldat de 2° Classe et appartenait à la 10° Compagnie du 7° Régiment d’Infanterie.
Jugé le 2 octobre 1915, par le Conseil de Guerre de la 131° Division d’Infanterie à Florent-en-Argonne, il est condamné à mort pour avoir refusé d’obéir en présence de l’ennemi.
Deux jours plus tard, le Soldat BENOIT est passé par les armes à Florent-en-Argonne.

 Fiche de décès du Soldat BENOIT Louis
Minutes du procès du Soldat BENOIT Louis
Dossier de procédure du Soldat BENOIT Louis

BENOIT-blog

Tombe du Soldat BENOIT Louis

 PAISANT Marcel est né le 9 août 1895 à Cherbourg dans la Manche. Fils de PAISANT Victor Alexandre et de FOURNAGE Victorine Françoise Euphrasie, il était journalier à Cherbourg avant la guerre. Soldat de 2° Classe, il appartenait à la 21° Compagnie du 270° Régiment d’Infanterie avant son jugement.
Le 20 décembre 1915, il comparait devant le Conseil de Guerre de la 19° Division d’Infanterie avec un de ses camarades, le soldat PECOT Raymond. Ils sont d’abord condamné à mort tous les deux, mais la sentence du Soldat PECOT Raymond sera commuée en une peine dix ans d’emprisonnement.
Le Soldat PAISANT est quant à lui exécuté le 21 décembre 1915 à Florent-en-Argonne pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi.

Fiche de décès du Soldat PAISANT Marcel
Minutes du procès du Soldat PAISANT Marcel
Dossier de procédure du Soldat PAISANT Marcel

PAISANT blog

Tombe du Soldat PAISANT Marcel

 L’Argonne à l’heure 14:18 vous proposera, dans quelques temps, un état des hommes qui ont été fusillés en Argonne, en attendant si vous voulez avoir plus d’informations sur ce sujet, rendez-vous à l’Office de Tourisme du Pays d’Argonne (Clermont-en-Argonne) pour visiter l’exposition de L’Argonne à l’heure 19 :15 jusqu’à la fin de l’année 2015.