Un Caporal au patronyme célèbre

Le 1° août 1914, la France décrète la mobilisation générale et en un peu plus de dix jours, ce sont près de trois millions d’hommes qui vont rejoindre les casernes. Une fois les régiments formés, ils se dirigent vers les frontières belges et allemandes. Les premières victoires en Lorraine rassurent le haut commandement français, qui croit toujours à une guerre rapide à l’issue favorable. Très vite les choses changent et les défaites s’accumulent un peu partout sur le front, obligeant les armées à battre en retraite. L’ennemi de toujours, l’allemand, pénètre sur le territoire national et repousse les forces tricolores vers le sud et Paris.

Ce repli massif va ébranler le moral des troupes et dans les colonnes, les soldats commencent à s’insurger contre ceux âge de combattre et qui sont encore à l’arrière. Le phénomène va s’aggraver avec l’enlisement du conflit et la stabilisation du front, les soldats ne tardent pas à parler de « planqués » pour désigner ces nantis, ces notables ou ces aristocrates qui profitent de leurs relations pour ne pas aller au feu ou pour occuper des postes dans des unités non combattantes ou des états-majors loin à l’arrière. Cette haine des planqués va conduire les Poilus à dénigrer un corps militaire en particulier, la prévôté. Bon nombre d’entre eux pensent que les gendarmes sont tout juste bon à placarder des affiches, à chasser les déserteurs ou à leur causer des problèmes. En réalité beaucoup de prévôtaux se ont quitté leurs fonctions, au début de la Grande Guerre pour rejoindre des unités combattantes et la Gendarmerie, comme les autres corps militaires, subira de lourdes pertes.

Malgré ces quelques cas et les rumeurs qui ont circulé dans les tranchées, comment oublier le sacrifice du Lieutenant Robert de Courson de la Villeneuve ou celui du Soldat Collignon. Le premier était haut fonctionnaire et le second appartenait à une vieille famille noble et pourtant tous les deux ont été tués au cours des premiers mois de guerre en Argonne. Ces cas se trouvent sur toute la ligne de front et prouvent l’engagement massif des français et ce quelque soit leur classe sociale.

En quittant Vienne-le-Château en direction de Servon-Melzicourt, un alignement de trois cénotaphes se dessine le long de la route départementale n°266. Ils honorent la mémoire de trois sous-officiers et d’un Caporal. Le premier est dédié à Marcel Paul Etienne Karcher, Sergent du 3° Régiment du Génie, tué le 5 janvier 1915. Le dernier est quant à lui consacré à deux hommes du 91° Régiment d’Infanterie, le Sergent Philippe Gustave Victor Joseph Jacquemard et le Sergent Major Maurice Vital Coucke. Ils sont tombés ensemble le 28 septembre 1914 dans les combats autour de Servon.

Citroën plan large - E.M.

Deux cénotaphes au bord de la R.D. 266

La dernière stèle porte cette inscription :

Pieux souvenir
A la
mémoire
de
BERNARD CITROEN
Caporal
Au 51 Régiment d’Infanterie
Tué à l’ennemi
Dans ce voisinage
Le 9 octobre 1914
A l’age de 39 ans

Citroën plan serré - E.M.

Stèle en mémoire du Caporal Bernard Citroën

Coordonnée G.P.S. : N 49° 12′ 16,9″ – E 004° 53′ 03,4″

Fils du diamantaire néerlandais Lévie Citroën, immigré en France en 1873 et de Masza Kleinmann, une polonaise originaire de Varsovie, Bernard voit le jour le 21 juillet 1875 à Paris. Avec ses deux frères cadets, Hugues et André, il vit paisiblement dans le 9° Arrondissement de Paris. Le 16 septembre 1884, son père se suicide après avoir fait un mauvais investissement financier et c’est son épouse, Masza, qui reprend l’affaire familiale et assure la survie de la fratrie Citroën. Au cours de leur enfance, Bernard et André deviennent très proches, même le premier se passionne pour les arts et la musique et le second se tourne plutôt vers les sciences et l’ingénierie.

En octobre 1898, André entre à l’École Polytechnique et deux ans plus tard, au cours de vacances dans sa famille polonaise, il découvre un système engrenage innovant. Il décide alors d’en racheter la licence de fabrication aux russes, mais ce n’est qu’après avoir terminé sa dernière année d’étude et les deux ans de service militaire obligatoire, qu’il peut enfin commencer sa carrière d’industriel en travaillant sur les engrenages à chevrons. Pendant ce temps, Bernard fréquente les soirées mondaines et les milieux artistiques parisiens.

André Citroën

André Citroën en tenue d’élève de l’École Polytechnique

Les deux frères finissent par s’installer ensemble dans un appartement au 21, Rue d’Aumale à Paris et André convint son aîné de travailler avec lui dans l’industrie. En 1904, ils déposent un brevet sur le perfectionnement des montages et fermetures des vêtements de fourrure, mais le monde industriel n’est pas fait pour Bernard, qui va rapidement revenir à sa première passion. Il ouvrira, un peu avant la guerre, le Sans-Souci, un « thé dancing » dans la Rue de Caumartin à Paris.

Le 1° août 1914, Hugues, André et Bernard sont mobilisés et bien qu’ayant des racines néerlandaises, ils sont honorés de pouvoir défendre la France. Les deux cadets intègrent la même unité d’artillerie, mais Bernard est réformé à cause de son asthme. Il décide malgré tout de s’engager volontairement et il rejoint finalement le 51° Régiment d’Infanterie avec le grade de Caporal. Le hasard a voulu que les trois Citroën se retrouvent réunis au sein de la IV° Armée du Général Langle de Cary.

D’abord engagé dans les Ardennes belges, 51° Régiment d’Infanterie finit par se replier vers le Nord Meusien et continue sa retraite jusqu’à Possesse. Après la première bataille de la Marne, le régiment repousse les allemands jusqu’à la ligne Vienne-le-Château – Servon-Melzicourt et pendant plusieurs semaines, Bernard va se battre en Argonne.

Le 5 octobre 1914, une partie des soldats du 51° Régiment d’Infanterie se trouvent au Rond Champ, à la Placardelle, à la Renarde et à la Seigneurie pendant que d’autres organisent des tranchées dans le secteur. L’unité quitte ses cantonnements le lendemain, vers 20h00, pour relever le 91° Régiment d’Infanterie. Le 3° Bataillon se place en réserve à Vienne-le-Château et les 1° et le 2° Bataillons profitent de la nuit pour se déployer entre la Côte 176 et la route de Servon. Le 7 octobre les soldats sont occupés à améliorer leurs positions lorsqu’en fin d’après-midi l’infanterie ennemies déclenchent son assaut. Repoussés, ils recommencent le lendemain et blesse mortellement un officier du régiment, mais sans parvenir à pénétrer dans les tranchées françaises.

Le 9 octobre 1914, les hommes du 51° Régiment d’Infanterie continuent leurs travaux et subissent des jets de pétards et de grenades dans la journée. Le Caporal Bernard Citroën est tué au cours de cette journée.

Fiche  » Mort pour la France « 

Après son décès, Bernard sera décoré de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre avec palme, grâce à une citation à l’ordre de la IV° Armée :

« Citroën Bernard, Caporal au 51ème d’Infanterie, Engagé pour la durée de la guerre à l’âge de 39 ans, quoique réformé antérieurement, a demandé à venir sur le front dans un régiment actif. S’est toujours fait remarquer par son entrain, son dévouement et sa bravoure. A été tué le 9 octobre 1914 en allant porter secours à un de ses hommes blessé en avant des tranchées. »

André est informé du décès de Bernard le 15 octobre 1914 et il fera érigé cette stèle après la guerre.

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Deux frères réunis dans la mort

A la fin de la Grande Guerre, les Américains sont venus en Argonne pour participer à l’offensive franco-américaine Meuse-Argonne. Celle-ci devait permettre de percer les lignes allemandes et de relancer la guerre de mouvement.

Les États-Unis basculent officiellement dans le conflit, le 6 avril 1917 lorsque le Président Wilson déclare la guerre à l’Allemagne. Malgré cette décision tardive, des Américains prenaient déjà part aux combats en Europe. Ils s’étaient engagés volontairement dans les rangs de la Légion Étrangère ou au sein de l’Escadrille Lafayette pour se battre aux côtés des Français et des Anglais.

Le pays dispose bien du Corps des Marines, mais celui-ci ne compte que quelques milliers d’hommes qui ne seront pas suffisant. Une grande campagne d’enrôlement est alors lancé à travers les États-Unis pour recruter un maximum d’hommes souhaitant se battre. Les 7500 premiers Sammies débarquent en France le 12 novembre 1917, mais ils ne sont pas formés. Ils sont d’abord envoyé dans des camps d’entraînement où des militaires français et anglais leurs apprennent le métier de soldats. Avec cette arrivée massive de soldats américains sur le sol européen, certains membres d’une même famille se retrouvent.

Soldats Américains en Argonne - E.M.

Groupe de Soldats Américains en Argonne – Collection E.M.

Le jeune Coleman Tileston Clark quitte sa ville natale de Yonkers dans l’état de New-York pour rejoindre l’Europe. Il débarque à Bordeaux le 9 mai 1916 et il arrive à Paris deux jours plus tard pour s’engager volontairement dans la Légion Étrangère. Il participe aux combats de Verdun et du Bois le Prêtre avant de rejoindre Marseille avec son régiment le 15 octobre 1916. Six jours plus tard, il embarque pour Salonique où il combattra jusqu’en août 1917. De retour en France, l’armée lui propose de rejoindre les unités américaines, mais il choisit de continuer au sein de la Légion Étrangère. Le 27 septembre 1917, il entre à l’École d’Artillerie de Fontainebleau où il suit quatre mois de cours. A sa sortie, il est nommé Aspirant et il rejoint, le 14 février 1918, le 28° Régiment d’Artillerie de Campagne sur le front de l’Aisne. Le 28 mai, l’Aspirant Clark est grièvement blessé alors qu’il se trouve dans le secteur de Juvigny. Il est évacué sur l’Hôpital d’Évacuation 51 B d’Ambleny où il décède le lendemain des suites de ses blessures.

Voici la fiche « Mort pour la France de Coleman Tileston Clark

Le frère de l’Aspirant Coleman Clark, s’est également battu en Europe pendant la Grande Guerre. Salter Clark s’est engagé dans l’armée américaine au début de l’année 1918. En mai 1918, il quitte New-York et après un passage par Liverpool, il débarque en France le 2 juin. Pendant deux mois et demi, il stationne avec d’autres Sammies dans un camp du Pas-de-Calais, où il est entraîné par des militaires britanniques. Début septembre 1918, Salter et ses camarades du 311° Infantry Regiment sont équipés pour partir au combat. Ils rejoignent le front et combattent dans le secteur du saillant de Saint-Mihiel. Depuis octobre 1918, l’unité est dirigée vers l’Argonne pour participer aux combats autour de Grandpré. Le 19 octobre, le 311° Infantry Regiment attaque la ferme des Grêves et Salter est tué au cours de ces combats.

Salter Clark ne dispose pas de fiche de décès au Service Historique de la Défense, puisqu’il est mort au sein des armées américaines.

Vue générale de l'American Cemetery - E.M.

L’American Cemetery Meuse-Argonne peu de temps après sa création – Collection E.M.

Après la guerre, les corps des deux frères seront transférés à l’American Cemetery Meuse-Argonne de Romagne-sous-Montfaucon, où ils reposent toujours côte à côte dans le carré G à la rangée 1.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 19′ 55,4″ – E 005° 05′ 35,6″

Frères Clarck gros plan - E.M.

Tombe des deux frères Clark – American Cemetery Meuse-Argonne – Photographie E.M.

La famille Clark rendra hommage à ses combattants en 1919, en publiant un livre. Ecrit par Salter Storrs Clark et Caroline G. Clarken vous pouvez le découvrir (attention livre en anglais) ici.

L’Argonne à l’heure 14:18 tiens à remercier Monsieur J. MARIE, Président du Comité du Souvenir Français du canton de Dun-sur-Meuse pour avoir partagé ses informations sur les frères Clark. Signalons également que Monsieur MARIE est toujours à la recherche de la descendance des deux frères Clark.

L’Arbre Sanglant

De nos jours, l’Argonne est surtout connue pour être une vaste massif forestier traversé par trois rivières, l’Aisne à l’Ouest, l’Aire à l’Est et la Biesme en son centre.

 Au début de la Grande Guerre, la forêt n’étant pas propice aux manœuvres de la guerre de mouvement, les armées françaises et allemandes vont soigneusement contournées le massif par les vallées de l’Aisne et de l’Aire. Fin septembre 1914, avec la stabilisation du front, elles vont rapidement devoir effectuer la liaison avec les unités défendant la plaine de Champagne, en traversant les bois et les ravins. C’est ainsi que pendant les quatre ans, les soldats se battront en plein cœur d’une région accidentée et humide.

Vienne avant guerre

Vienne-le-Château avant la guerre – Collection E.M.

Au fil des mois, les obus français et allemands vont décimer la forêt, mais les premiers combats ont lieux au beau milieu des arbres. Les combattants manœuvrant déjà sur un terrain difficile, sont en plus confrontés à des problèmes d’orientation. Dans de telles conditions, comment savoir où se trouve l’ennemi? Cette végétation perturbe également les artilleurs, dont les projectiles doivent d’abord traverser la canopée avant d’atteindre le sol,  rendant quasiment impossible le réglage précis des pièces. Pour espérer toucher leurs cibles, ils multiplient les tirs, mais parfois l’un d’eux rebondit à la cime d’un arbre avant de s’écraser au sol.

Le 11 décembre 1914, le 128° Régiment d’Infanterie, qui est cantonné à Moiremont (1° et 3° Bataillons) et à Chaudefontaine (2° Bataillon) depuis le 9, reçoit l’ordre de relever le 72° Régiment d’Infanterie au Nord de Vienne-le-Château. Pour rejoindre ses positions combats, la 6° Compagnie traverse le parc de l’ancienne Hostellerie d’Argonne, mais en arrivant à proximité du bâtiment :

« Un obus de 105 est tombé sur la 6° Compagnie, formée en colonne de compagnie, à Vienne-le-Château, près du coteau de Saint-Thomas. Il nous tue 1 Adjudant, 18 soldats, en blesse 44. Le Lieutenant BOUCLE est blessé d’un éclat. »


Extrait du Journal des Marches et Opérations du 128° Régiment d’Infanterie

Service Historique de la Défense – 26 N 686/6

Hostellerie Argonne

Cagnas français dans le parc de l’Hostellerie d’Argonne – Collection E.M.

Les corps déchiquetés des soldats Samariens sont projetés dans un arbre du parc. Ce Tulipier de Virginie (ou du Japon selon les sources) est depuis lors surnommé l’Arbre Sanglant.

 Coordonnées G.P.S. : N 49° 11′ 28,8″ – E 004° 53′ 06,8″

Vienne-le-Château blog

L’Arbre Sanglant aujourd’hui – Photographie E.M.

La chapelle du 132° R.I.T.

Au cours des quatre longues années qu’a duré la Grande Guerre, des soldats sont venus des tous les coins de France et des colonies pour se battre en Argonne. Après avoir passé une période plus ou moins longue aux tranchées, ils partaient se reposer dans des campements forestiers ou dans des villages se trouvant à seulement quelques centaines de mètres des lignes de combat.

Les hommes profitent de ces périodes de repos pour panser leurs plaies ou pour faire le deuil de leurs camarades ou de leurs amis qui sont tombés là-bas sur le front. Leur seule échappatoire est souvent la foi. A quoi s’accrocher d’autre qu’à Dieu dans ces moments difficiles, loin de sa famille et à proximité immédiate des combats ou les hommes ont perdu toute humanité.

L’Argonne est riche en édifices religieux et compte de nombreuses églises, anciennes abbayes, ermitages ou chapelles.

Saint Rouin

Un militaire pose devant la statue du Christ de l’Ermitage de Saint Rouin – Collection E.M.

Pendant la guerre, ces dernières étaient en grande majorité inaccessible aux combattants puisque bien trop loin des lignes de combats. En effet, les quelques rares églises qui se trouvaient à proximité du front, ont été très rapidement détruite par l’artillerie.

Aubréville 1

Les ruines de l’église d’Aubréville – Collection E.M.

Aubréville 2

L’orgue dans les ruines de l’église d’Aubréville – Collection E.M.

Dans ces conditions comment prier lorsque l’on se trouve à seulement kilomètre des tranchées…

Des messes sont organisées régulièrement en forêt, mais ces offices communs ne sont pas propices au recueillement intime qui suit la perte d’un ami ou d’un bon camarade.

Messe Argonne

Messe en plein air quelque part en Argonne – Collection E.M.

Les soldats peuvent aussi se tourner vers l’aumônier du régiment qui est toujours disponible pour les écouter et les aider dans leurs prières.

Parfois les combattants ont créé eux-mêmes un lieu de culte, comme c’est le cas sur un des coteaux Argonnais qui borde l’Aisne.

Le 22 janvier 1917, les soldats du 132° Régiment d’Infanterie Territoriale débarquent à Sainte-Ménéhould et vont relever immédiatement le 63° Régiment d’Infanterie Territoriale à Saint-Thomas-en-Argonne.

Saint Thomas

Saint-Thomas-en-Argonne pendant la guerre – Collection E.M.

Placé sous le commandement du Général commandant la 16° Division d’Infanterie, les premières compagnies sont envoyées au front le lendemain. Elles occupent les tranchées du quartier de Condé dans l’Argonne ouest. Le reste du régiment s’installe dans les campements qui entourent le village, qu’il quittera courant septembre 1918, pour suivre l’avancée alliée sur Vouziers.

Au cours de l’année 1917, les hommes du 132° Régiment d’Infanterie Territoriale ont créés une petite chapelle sur les pentes d’un coteau situé à l’ouest du village de Saint-Thomas-en-Argonne et surplombant l’Aisne. Pour la construire, ils ont prélevé des pierres dans les ruines de l’église du village et c’est ainsi qu’avec trois fois rien ils ont réussi à édifier cette chapelle en assemblant astucieusement les restes de plusieurs colonnes et de maçonnerie.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 11′ 03,0″ – E 004° 51′ 49,4

Saint Thomas en Argonne 1 Blog

La chapelle du 132° R.I.T. à Saint-Thomas-en-Argonne – Photographie E.M.

Pour décorer l’édifice, le Soldat Joseph Linden a sculpté l’autel et la croix qui surmonte l’entrée. Celle-ci porte les inscriptions « 132° R.I.T. » et « Tarn-et-Garonne », la région d’origine du régiment qui était encaserné à Montauban avant la guerre.

Saint Thomas en Argonne 3 Blog

L’autel de la chapelle est l’œuvre du Soldat Linden – Photographie E.M.

Saint Thomas en Argonne 4 Blog

Une autre œuvre du Soldat Linden, la croix surmontant l’entrée de la chapelle – Photographie E.M.

Longtemps oubliés, ces vestiges ont été restaurés par l’association du Comité Franco-Allemand, a qui l’on doit également la restauration du camp de la vallée Moreau. Ces travaux ont eu lieu au début des années 2010 et ils ont permis de sauvegarder ce petit témoin de la vie de nos soldats loin de chez eux.

Les fusillés oubliés

Au cours de la Grande Guerre, presque toutes les nations ont fusillées des soldats. On estime aujourd’hui que les armées françaises ont passées par les armes près de 650 militaires pour des motifs allant du refus d’obéissance au crime. En Argonne, plusieurs dizaines d’exécutions ont été recensés et la grande majorité de ces condamnés reposent encore dans la région. Généralement inhumés non loin des lieux de leur mise à mort, leurs dépouilles ont été transférées vers les Nécropoles Nationales à la fin du conflit, les rendant de ce fait anonyme au milieu des milliers d’autres tombes.

Il y a cependant quelques exceptions, comme c’est le cas à Florent-en-Argonne. Au fond du petit cimetière de la commune, un groupe de trois sépultures se distingue parmi les caveaux familiaux.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 08′ 13,9″ – E 004° 57′ 16,1″

Florent-en-Argonne blog

Tombes des trois fusillés de Florent-en-Argonne

Il s’agit des tombes de trois soldats fusillés entre décembre 1914 et décembre 1915. Voici les informations concernant ces trois combattants :

SEVERIN Maurice est le fils de SEVERIN François Édouard et MANSEAUX Palmyre Irma. Il voit le jour à Francheval dans les Ardennes le 11 mars 1881. Avant la guerre, il était employé de commerce à Paris.
Au moment de sa condamnation, il appartenait à la 11° Compagnie du 147° Régiment d’Infanterie et avait le grade de Soldat.
Il est jugé le 23 octobre 1914 par le Conseil de Guerre Spécial du 147° Régiment d’Infanterie à Florent-en-Argonne, qui le condamne à la peine capitale pour abandon de poste en présence de l’ennemi et mutilation volontaire.
Il est exécuté le 24 octobre 1914 à Florent-en-Argonne.

Fiche de décès du Soldat SEVERIN Maurice
Dossier de procédure du Soldat SEVERIN Maurice

SEVERIN blog

Tombe du Soldat SEVERIN Maurice

 BENOIT Louis est né 6 décembre 1880 à Salviac dans le Lot, il est le fils de BENOIT Jean et de VERGNOLLES Marie. Avant la guerre, il était cultivateur vivait toujours dans son village natal.
Avant son exécution, il était Soldat de 2° Classe et appartenait à la 10° Compagnie du 7° Régiment d’Infanterie.
Jugé le 2 octobre 1915, par le Conseil de Guerre de la 131° Division d’Infanterie à Florent-en-Argonne, il est condamné à mort pour avoir refusé d’obéir en présence de l’ennemi.
Deux jours plus tard, le Soldat BENOIT est passé par les armes à Florent-en-Argonne.

 Fiche de décès du Soldat BENOIT Louis
Minutes du procès du Soldat BENOIT Louis
Dossier de procédure du Soldat BENOIT Louis

BENOIT-blog

Tombe du Soldat BENOIT Louis

 PAISANT Marcel est né le 9 août 1895 à Cherbourg dans la Manche. Fils de PAISANT Victor Alexandre et de FOURNAGE Victorine Françoise Euphrasie, il était journalier à Cherbourg avant la guerre. Soldat de 2° Classe, il appartenait à la 21° Compagnie du 270° Régiment d’Infanterie avant son jugement.
Le 20 décembre 1915, il comparait devant le Conseil de Guerre de la 19° Division d’Infanterie avec un de ses camarades, le soldat PECOT Raymond. Ils sont d’abord condamné à mort tous les deux, mais la sentence du Soldat PECOT Raymond sera commuée en une peine dix ans d’emprisonnement.
Le Soldat PAISANT est quant à lui exécuté le 21 décembre 1915 à Florent-en-Argonne pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi.

Fiche de décès du Soldat PAISANT Marcel
Minutes du procès du Soldat PAISANT Marcel
Dossier de procédure du Soldat PAISANT Marcel

PAISANT blog

Tombe du Soldat PAISANT Marcel

 L’Argonne à l’heure 14:18 vous proposera, dans quelques temps, un état des hommes qui ont été fusillés en Argonne, en attendant si vous voulez avoir plus d’informations sur ce sujet, rendez-vous à l’Office de Tourisme du Pays d’Argonne (Clermont-en-Argonne) pour visiter l’exposition de L’Argonne à l’heure 19 :15 jusqu’à la fin de l’année 2015.

Tombe allemande à Varennes-en-Argonne

Toute la moitié Nord de l’Argonne a été occupée par les Allemands pendant la Grande Guerre. Aujourd’hui il ne reste quasiment plus de traces de cette période, mais parfois au détour d’un chemin ou d’un mur un vestige vient nous rappeler ces événements difficiles.

Comme c’est le cas à Varennes-en-Argonne, où vous pourrez découvrir une ancienne tombe allemande qui subsiste derrière le cimetière communal.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 13′ 40,1″ – E 005° 02′ 36,1″

Tombe allemande - Photographie E.M.

Tombe allemande – Photographie E.M.

Cette stèle en pierre est ornée à son sommet d’une Croix de Fer entouré d’une couronne de laurier. Une branche de chêne est encadrée par deux épitaphes sur lesquels on peut lire :

ALS
HELD STARBEN
AM VAUQUOIS DEN 1.2.16
OTTO BERGEMANN
COBLENZ 12.2.95
MAR LEMM
AUGUSTWALDE 15.12.98

PIONIER MINEUR KOMP. 398

Épitaphe au centre de la stèle - Photographie E.M.

Épitaphe au centre de la stèle – Photographie E.M.

Épitaphe au pied de la stèle - Photographie E.M.

Épitaphe au pied de la stèle – Photographie E.M.

Que l’on peut traduire par :

 Mort au champ d’honneur
A Vauquois le 01/02/1916
Otto Bergemann
Coblence 12/02/1895
Mar Lemm
Augustwalde 15/12/1898

398ème Compagnie de Pionniers Mineurs

 Il s’agit donc de la sépulture de Otto Bergemann est né le 12 février 1895 à Coblence et Mar Lemm qui a vu le jour à Augustwalde le 15 décembre 1898. Ils ont été tués à Vauquois le 1er février 1916, à l’âge de 18 et 21 ans.

Otto Bergemann repose aujourd’hui sous la tombe 2-242 dans le cimetière de Cheppy. A ce jour, il est impossible de dire si le Mar Lemm repose toujours sous cette tombe ou si son corps a été transféré ailleurs.

Cimetière du Feld Kompanie Pionier Regiment n°20

Comme tous les frontsl’Argonne a connu son lot de morts, qu’il a fallu enterrer dans des cimetières provisoires. Au sortir de la guerre, les corps des soldats inhumés dans ces derniers ont été regroupés dans de grandes nécropoles faisant ainsi disparaître les cimetières que les combattants avaient créés.

Il y a cependant quelques exceptions, comme les vestiges de ce cimetière qui se trouve entre Varennes-en-Argonne au Four-de-Paris.

Coordonnées G.P.S. du site : N 49° 12′ 25,8″ – E 004° 59′ 07,0″

Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 - Le Four de Paris

Cimetière du Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 aujourd’hui – Photographie E.M.

Créé par le Feld Kompanie Pionier Regiment n°20, il était entouré d’un mur de clôture et son entrée était marquée par deux poteaux soutenant un portail en fer. Au milieu des tombes, les Allemands avaient érigé un monument.

Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 - Le Four de Paris - Collection T. CORNET

Cimetière du Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 pendant la guerre – Collection T. CORNET

Après la Grande Guerre, les corps ont été transférés vers d’autres cimetières et le monument a été remonté dans le cimetière militaire de Servon-Melzicourt. Il ne reste aujourd’hui que le mur de clôture et les poteaux du portail d’entrée.

Le monument du Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 dans le cimetière allemand de Servon-Melzicourt – Photographie E.M.

Ces vestiges se trouvent au bord de la route départementale n°38, veillez donc à votre sécurité en stationnant votre véhicule en dehors de la chaussée.

L’Argonne à l’heure 14:18 tiens à remercier Monsieur CORNET pour l’autorisation de reproduction de la photographie d’époque.