Un mort bien bavard

Si la signature de l’armistice du 11 novembre 1918, marque la fin des combats, il faudra plusieurs mois pour que l’Europe prenne conscience des pertes humaines et matérielles colossales qu’ont causées ces quatre années de guerre.

Dès la fin de 1918, la France commence à reconstruire ses villages, ses villes et les familles commencent le deuil de leurs proches tombés au champ d’honneur. Un peu partout des monuments et des cénotaphes sont érigés pour rappeler la mémoire d’un disparu ou l’héroïsme d’un groupe d’hommes. L’Argonne n’échappe à cette règle, lorsque le Comité Commémoratif d’Argonne, sous l’impulsion de sa présidente la Comtesse de Martimprey, inaugure le 30 juillet 1922, l’Ossuaire de la Haute Chevauchée. L’obélisque de pierre se dresse sur les lieux même où son mari, le Capitaine Jean de Martimprey, a disparu le 13 juillet 1915. Depuis ce monument regroupe dans sa crypte les ossements de tous les corps non identifiés, qui ont été retrouvés sur le champ de bataille Argonnais. Non loin de l’Ossuaire, dans le fond du ravin des Meurissons, une petite stèle au bord d’un sentier, rappelle le sacrifice d’un jeune officier du 46ème Régiment d’Infanterie.

Stèle Monnier - Mikaël EMBRY large

Stèle du Lieutenant Monnier au fond du ravin des Meurissons – Photographie E.M.

C’est le 8 juin 1891 que Pierre Alfred Rodolphe Frédéric Monnier voit le jour au 45 de la rue de Lisbonne dans le 8ème Arrondissement de Paris. Son père, Louis Nicolas Frédéric, était propriétaire et sa mère, Cécile Charlotte Thuret, ne travaillait pas. Le jeune homme descend d’une longue et grande lignée de militaires, parmi lesquels le Maréchal Molitor et le Maréchal Ney. Pierre Monnier est un élève brillant et après être passé sur les bancs de l’École des Roches à Verneuil-sur-Avre, il continue ses études en intégrant la Faculté de Droits de l’École des Hautes Études Commerciale de Paris.

Dans les années 1910, il est appelé pour son service militaire, qu’il n’a pas terminé lorsque la guerre éclate. Pierre Monnier est alors Sous-lieutenant au 46ème Régiment d’Infanterie. Le 6 août 1914, il quitte sa caserne de Fontainebleau avec les premiers contingents pour se diriger vers la frontière belge.

Lieutenant Monnier

Pierre Monnier en uniforme du 46° R.I.

D’abord engagé en Belgique, le régiment de la Tour d’Auvergne doit rapidement se replier vers le sud par la vallée de la Meuse. Il oblique ensuite vers l’ouest pour se battre aux portes de l’Argonne. Au cours des combats qui ont lieu dans les environs de Fossé, le Sous-Lieutenant est blessé d’une balle à l’épaule. Évacué vers Paris pour y être soigné, il continue cependant à écrire régulièrement à sa famille et plus particulièrement à sa mère dont il semble très proche.

Les lettres du Lieutenant Monnier – 1ère partie
Les lettres du Lieutenant Monnier – 2ème partie

Une fois soigné, Pierre Monnier rejoint son unité en Argonne avec le grade de Lieutenant. Depuis fin octobre 1914, le 46ème Régiment d’Infanterie combat dans la vallée de l’Aire où il tente de progresser vers Vauquois et sa Butte tant convoitée. Ce secteur est difficile et aux pertes causées par les obus et des balles, il faut ajouter les ravages des maladies, comme le rappelle cette note administrative.

« Le 8 novembre 1914,

Les III° et IV° Armées sont les plus frappées par la fièvre typhoïde. »

J.M.O. de la Direction Générale du Service de Santé du Groupe des Armées d’Opérations – 26 N 212 – S.H.D.

Courant novembre la 10ème Division d’Infanterie glisse vers l’ouest et le 46ème Régiment d’Infanterie occupe désormais des tranchées situées entre le plateau de Bolante et le ravin des Meurissons. Ces nouvelles positions sont sommaires et très mal organisées, ce qui oblige les hommes du jeune officier à effectuer des travaux alors qu’ils subissent les assauts répétés de l’ennemi.

 » Le 5 décembre,

Temps affreux ! Heureusement notre abri continue à résister. Hier nous avons été bombardés. Je voudrais pouvoir me promener librement dans cette belle forêt ! Mes hommes travaillent aux boyaux de communication, aux tranchées, et servent les mortiers. On ne peut guère se rendre compte de visu des résultats obtenus, car sitôt qu’on montre la tête on est salué abondamment et à des distances variant de 30 à 100 mètres les balles n’ont rien d’agréable à recevoir. Nos patrouilles produisent quelques résultats, mais pour faire vraiment bien dans ces bois, il faudrait des Hindous. Le bruit qu’on fait dans les feuilles mortes et les branches rend les surprises très difficiles. Sauf coup de veine, celui qui attaque est à peu près sûr d’échouer et de subir de grosses pertes. »

Lettres du Lieutenant Monnier – Jean des Vignes Rouges
argonne1418.com

Pour les défenseurs de l’Argonne c’est le premier Noël loin des leurs et après cinq mois de combat, ils commencent avoir le mal du pays. Le Lieutenant Monnier profite de la fin de l’année 1914 pour écrire à sa mère.

« 1er janvier 1915,

Maman chérie,

Nous voici en 1915 ! Que nous réserve cette nouvelle année à tous les points de vue. Ce nouveau jour s’est levé comme les autres, dans l’humidité et dans la boue, et rien d’anormal n’est venu inaugurer l’année. Je ne sais s’il en est de même pour vous, mais il me semble que nous sommes dans une autre vie. Ce qui s’est passé avant le mois d’octobre est tellement différent, tellement étranger à ce qui nous entoure à présent qu’on croit l’avoir rêvé. On s’étonne de pouvoir comprendre certains mots, de réaliser certains actes qui ne correspondent plus à rien pour nous. L’humanité qui nous entoure est terre à terre (sans jeu de mots). On pense à manger, à dormir, à être autant que possible au chaud et au sec, à ne pas recevoir de mauvais coups mais à en donner à ceux qui sont devant nous. Ce n’est plus de la vie, c’est de l’animalité, où l’instinct irréfléchi a remplacé l’intelligence. Alors on est tout surpris quand, la conversation ayant dévié sur un mot, on se trouve avoir discuté pendant une heure, art, musique ou philosophie. Et puis, brusquement on retombe dans l’âge de pierre. »

Lettres du Lieutenant Monnier – Jean des Vignes Rouges
argonne1418.com

Malgré la fin d’année, les esprits ne sont pas à la fête dans les tranchées ! Les hommes sont constamment sur leur garde, à tout moment une mine peut emporter leur tranchée et les bombardements quasi quotidiens entretiennent un état de stress permanent.

Le 7 janvier 1915 vers 8h45, l’ennemi fait jouer une mine sous les tranchées du 46ème Régiment d’Infanterie et profite de la cohue causée par l’explosion pour lancer son assaut. Rapidement c’est toute la Haute Chevauchée qui s’embrase et malgré une résistance acharnée, les soldats de la Tour d’Auvergne ne parviennent pas à repousser les allemands qui pénètrent dans les positions du 1er Bataillon. Tout redevient calme à la fin de la journée et le Lieutenant Monnier en profite pour écrire à sa mère.

« 7 janvier au soir,

Chère Maman,

Nous avons été attaqués ce matin très violemment vers 8 heures 1/2, c’est ce qui m’a empêché de t’écrire. Les Boches ont fait sauter une de nos tranchées ; heureusement, les hommes ont très bien tenu, et se sont repliés dans la deuxième ligne à 10 mètres en arrière. L’affaire a été très chaude et nous a coûté cher. Nous avons 3 officiers blessés sans compter notre divisionnaire le général G.* qui a reçu une balle dans l’épaule. Blessure légère, heureusement. Les Allemands ont, de leur côté, perdu beaucoup de monde, et j’ai vu passer quelques prisonniers. J’ai été très occupé naturellement. Il a toujours fait un temps affreux, et pour comble de guigne une inondation s’est produite dans mon gourbi où j’ai maintenant 20 centimètres d’eau; ma paille est trempée.

Au revoir ma chère Maman. J’espère que la journée de demain sera plus tranquille.
Mille bons baisers,

Ton Pierre. »

Lettres du Lieutenant Monnier – Jean des Vignes Rouges
argonne1418.com

 * N.D.A. : Le Général Gouraud effectuait une reconnaissance dans ce secteur. Blessé par balle à l’épaule, il refusera l’évacuation et conservera son commandement.

L’affaire aurait pu en rester là, mais c’était sans compter sur l’acharnement des Allemands qui souhaitent percer le front d’Argonne pour rejoindre leurs camarades du Saillant de Saint-Mihiel et ainsi encercler Verdun. Le lendemain, les artilleurs ennemis déclenchent leur feu vers 8h00 et pilonnent sans relâche les tranchées du secteur de la Haute Chevauché. Une heure plus tard, la préparation cesse et l’infanterie allemande entre en action et parvient à progresser rapidement. Pour le 46ème Régiment d’Infanterie la situation devient très délicate, les pertes s’accumulent et la grande majorité des officiers du régiment ont été tués ou blessés. Plusieurs autres régiments arrivent en renfort, dont les hommes de Garibaldi, mais les soldats de la Tour d’Auvergne ne veulent pas céder et la résistance s’organise.

« C’est alors que l’on vit cet acte sublime qui ne sera jamais enregistré dans l’Histoire, mais que les survivants pourront justifier : les blessés refusant d’abandonner leurs camarades en continuant le coup de feu.

Ils s’organisent dans leur trou. Après un pansement sommaire, les blessés, accroupis, chargeaient leurs propres armes et celles des morts, puis les repassaient sans répit aux défenseurs.

Il était temps, car les fusils de ceux-ci commençaient à chauffer. Ce geste de fraternité devant la mort contribua beaucoup à sauver la situation. Ce feu nourri et sans à coup pouvait laisser croire à une quantité d’hommes beaucoup plus forte.

Malheureusement, les cartouchières des vivants et des morts seront bientôt vides de leur contenu et ces mots :

« Plus de cartouches !… » Courent lugubrement sur toute la ligne comme un glas avertisseur de l’irréparable.

Le Capitaine Courtès envoie trois ou quatre hommes jusqu’à l’abri à munitions où nous nous croyions encore en sûreté quelques heures auparavant.

Si les Allemands profitent de ce moment pour se ressaisir, c’en est fait du sort de ces braves. »

L’épopée Garibaldienne – H.J. Hardouin
Sergent du 46ème R.I. – Éditions R. Debresse – 1939

Cette journée de combat a pratiquement anéanti le 46ème Régiment d’Infanterie, qui est réduit à un petit groupe commandés par le Capitaine Courtès, l’officier le plus gradé en état de combattre..

« 8 janvier 1915 :

A la fin de la journée, le 46° R.I est réduit à la 11° Compagnie et à quelques éléments épars qui porte le total de l’effectif prenant part à l’action à 136 hommes. »

J.M.O. du 46ème R.I. – 26 N 6361 – S.H.D.

Les combats vont encore durer une journée pour les survivants du 46ème Régiment d’Infanterie, qui seront finalement relevés le 9 janvier dans la nuit. Arrivée dans les abris de Pierre Croisée, les hommes peuvent enfin prendre un peu de repos et constater l’ampleur des pertes.

« 9 janvier 1915 :

Les pertes pendant ces trois jours de combat sont de 1600 environ tués, blessés ou disparus. »

J.M.O. du 46ème R.I. – 26 N 6361 – S.H.D.

Dans sa lettre du 7 janvier 1915, Pierre Monnier adressait un « au revoir » à sa « chère Maman ». Celui-ci semble être prémonitoire, puisque le jeune officier fait partie des nombreux gradés du 46ème Régiment d’Infanterie tués au cours de ces trois jours de combats.

« État des pertes du 46ème Régiment d’Infanterie :

7 janvier 1915 :

Lieutenant Schoell, tué. Capitaine Cuvillier, Fleury, Sous-Lieutenant Latapie blessés.

8 janvier 1915 :

Tués : Commandant Darc, Capitaine Demeunynek, Lieutenant Monnier.

Blessés : Lieutenant-Colonel Roller, Médecin Major de 1° Classe Gerboux, Lieutenant Colin, Lieutenant Visconti, Lieutenant Rabate (doit être prisonnier), Commandant Peyronnet.

Disparus : Commandant Guinard, Capitaine Faucher, Capitaine Tortochat, Capitaine Salmon, Lieutenant Caze, Sous-Lieutenant Terral, Sous-Lieutenant Cretenet, Sous-Lieutenant Hardillier, Sous-Lieutenant Talabat, Sous-Lieutenant Martin, Sous-Lieutenant Lonbens, Sous-Lieutenant Girois, Sous-Lieutenant Geran. »

J.M.O. du 46ème R.I. – 26 N 6361 – S.H.D.

La ténacité des soldats du 46ème Régiment d’Infanterie pendant cette attaque allemande, prouve qu’ils sont bien les dignes héritiers du Capitaine Théophile-Malo de La Tour d’Auvergne-Corret et de ses dernières paroles lors de la bataille de Hohenlinden en 1800.

« Je meurs content, j’ai toujours rêvé de finir ainsi ma carrière. »

Le Lieutenant Monnier sera d’abord inhumé au Claon avant que son corps ne soit transféré vers un autre cimetière après la guerre.

Première fiche « Mort pour la France » du Lieutenant Monnier
Seconde fiche « Mort pour la France » du Lieutenant Monnier

Déjà cité à l’ordre de la IIIème Armée en août 1914, le jeune officier l’est de nouveau par le 46ème Régiment d’Infanterie en janvier 1915 et enfin par la IVème Armée en août 1915. Ces trois citations lui ont valu d’être décoré de la Croix de Guerre 1914-1918 à titre posthume et plus tard d’être élevé au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur. Il sera également inscrit dans le Livre d’Or de la Faculté de Droits de Paris et dans celui de l’École des Roches.

« Prit une part glorieuse aux combats sous Verdun. Gravement blessé au cours d’une charge à la baïonnette, ne consentit à quitter le combat qu’après la réussite de cette attaque. Revenu sur le front à peine guéri, se distingua de nouveau le 8 janvier 1915, fut atteint d’une balle au cœur, en défendant héroïquement le P.C. de son Colonel blessé. »

« Officier rempli d’allant et de bravoure. Le 8 janvier 1915, au cours d’une attaque allemande qui était parvenue jusqu’au poste de commandement de son Colonel, s’est élancé sur l’assaillant à la tête de quelques braves; est tombé glorieusement au cours de l’action. A été cité. »

Citations du Lieutenant Monnier

L’histoire de ce jeune officier aurait pu s’arrêter après son décès, mais il fera à nouveau parler de lui peu après la guerre,

Haute Chevauchée - Monnier plan court

Stèle en mémoire du Lieutenant Monnier – Photographie E.M.

En 1920, sa mère Cécile Monnier publie un livre intitulé « Je suis vivant : lettres de Pierre, soldat de France, soldat du Christ », dans lequel elle affirme avoir retranscrit des messages que le jeune militaire lui aurait envoyé par psychographie. La première communication aurait eu lieu le 5 août 1918, soit plus de trois ans après le décès du jeune officier et elles s’arrêteront le 19 janvier 1937. Au cours de cette période, Cécile Monnier publiera plusieurs livres regroupant les idées théologiques transmises par son fils.

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Deux frères réunis dans la mort

A la fin de la Grande Guerre, les Américains sont venus en Argonne pour participer à l’offensive franco-américaine Meuse-Argonne. Celle-ci devait permettre de percer les lignes allemandes et de relancer la guerre de mouvement.

Les États-Unis basculent officiellement dans le conflit, le 6 avril 1917 lorsque le Président Wilson déclare la guerre à l’Allemagne. Malgré cette décision tardive, des Américains prenaient déjà part aux combats en Europe. Ils s’étaient engagés volontairement dans les rangs de la Légion Étrangère ou au sein de l’Escadrille Lafayette pour se battre aux côtés des Français et des Anglais.

Le pays dispose bien du Corps des Marines, mais celui-ci ne compte que quelques milliers d’hommes qui ne seront pas suffisant. Une grande campagne d’enrôlement est alors lancé à travers les États-Unis pour recruter un maximum d’hommes souhaitant se battre. Les 7500 premiers Sammies débarquent en France le 12 novembre 1917, mais ils ne sont pas formés. Ils sont d’abord envoyé dans des camps d’entraînement où des militaires français et anglais leurs apprennent le métier de soldats. Avec cette arrivée massive de soldats américains sur le sol européen, certains membres d’une même famille se retrouvent.

Soldats Américains en Argonne - E.M.

Groupe de Soldats Américains en Argonne – Collection E.M.

Le jeune Coleman Tileston Clark quitte sa ville natale de Yonkers dans l’état de New-York pour rejoindre l’Europe. Il débarque à Bordeaux le 9 mai 1916 et il arrive à Paris deux jours plus tard pour s’engager volontairement dans la Légion Étrangère. Il participe aux combats de Verdun et du Bois le Prêtre avant de rejoindre Marseille avec son régiment le 15 octobre 1916. Six jours plus tard, il embarque pour Salonique où il combattra jusqu’en août 1917. De retour en France, l’armée lui propose de rejoindre les unités américaines, mais il choisit de continuer au sein de la Légion Étrangère. Le 27 septembre 1917, il entre à l’École d’Artillerie de Fontainebleau où il suit quatre mois de cours. A sa sortie, il est nommé Aspirant et il rejoint, le 14 février 1918, le 28° Régiment d’Artillerie de Campagne sur le front de l’Aisne. Le 28 mai, l’Aspirant Clark est grièvement blessé alors qu’il se trouve dans le secteur de Juvigny. Il est évacué sur l’Hôpital d’Évacuation 51 B d’Ambleny où il décède le lendemain des suites de ses blessures.

Voici la fiche « Mort pour la France de Coleman Tileston Clark

Le frère de l’Aspirant Coleman Clark, s’est également battu en Europe pendant la Grande Guerre. Salter Clark s’est engagé dans l’armée américaine au début de l’année 1918. En mai 1918, il quitte New-York et après un passage par Liverpool, il débarque en France le 2 juin. Pendant deux mois et demi, il stationne avec d’autres Sammies dans un camp du Pas-de-Calais, où il est entraîné par des militaires britanniques. Début septembre 1918, Salter et ses camarades du 311° Infantry Regiment sont équipés pour partir au combat. Ils rejoignent le front et combattent dans le secteur du saillant de Saint-Mihiel. Depuis octobre 1918, l’unité est dirigée vers l’Argonne pour participer aux combats autour de Grandpré. Le 19 octobre, le 311° Infantry Regiment attaque la ferme des Grêves et Salter est tué au cours de ces combats.

Salter Clark ne dispose pas de fiche de décès au Service Historique de la Défense, puisqu’il est mort au sein des armées américaines.

Vue générale de l'American Cemetery - E.M.

L’American Cemetery Meuse-Argonne peu de temps après sa création – Collection E.M.

Après la guerre, les corps des deux frères seront transférés à l’American Cemetery Meuse-Argonne de Romagne-sous-Montfaucon, où ils reposent toujours côte à côte dans le carré G à la rangée 1.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 19′ 55,4″ – E 005° 05′ 35,6″

Frères Clarck gros plan - E.M.

Tombe des deux frères Clark – American Cemetery Meuse-Argonne – Photographie E.M.

La famille Clark rendra hommage à ses combattants en 1919, en publiant un livre. Ecrit par Salter Storrs Clark et Caroline G. Clarken vous pouvez le découvrir (attention livre en anglais) ici.

L’Argonne à l’heure 14:18 tiens à remercier Monsieur J. MARIE, Président du Comité du Souvenir Français du canton de Dun-sur-Meuse pour avoir partagé ses informations sur les frères Clark. Signalons également que Monsieur MARIE est toujours à la recherche de la descendance des deux frères Clark.

L’Arbre Sanglant

De nos jours, l’Argonne est surtout connue pour être une vaste massif forestier traversé par trois rivières, l’Aisne à l’Ouest, l’Aire à l’Est et la Biesme en son centre.

 Au début de la Grande Guerre, la forêt n’étant pas propice aux manœuvres de la guerre de mouvement, les armées françaises et allemandes vont soigneusement contournées le massif par les vallées de l’Aisne et de l’Aire. Fin septembre 1914, avec la stabilisation du front, elles vont rapidement devoir effectuer la liaison avec les unités défendant la plaine de Champagne, en traversant les bois et les ravins. C’est ainsi que pendant les quatre ans, les soldats se battront en plein cœur d’une région accidentée et humide.

Vienne avant guerre

Vienne-le-Château avant la guerre – Collection E.M.

Au fil des mois, les obus français et allemands vont décimer la forêt, mais les premiers combats ont lieux au beau milieu des arbres. Les combattants manœuvrant déjà sur un terrain difficile, sont en plus confrontés à des problèmes d’orientation. Dans de telles conditions, comment savoir où se trouve l’ennemi? Cette végétation perturbe également les artilleurs, dont les projectiles doivent d’abord traverser la canopée avant d’atteindre le sol,  rendant quasiment impossible le réglage précis des pièces. Pour espérer toucher leurs cibles, ils multiplient les tirs, mais parfois l’un d’eux rebondit à la cime d’un arbre avant de s’écraser au sol.

Le 11 décembre 1914, le 128° Régiment d’Infanterie, qui est cantonné à Moiremont (1° et 3° Bataillons) et à Chaudefontaine (2° Bataillon) depuis le 9, reçoit l’ordre de relever le 72° Régiment d’Infanterie au Nord de Vienne-le-Château. Pour rejoindre ses positions combats, la 6° Compagnie traverse le parc de l’ancienne Hostellerie d’Argonne, mais en arrivant à proximité du bâtiment :

« Un obus de 105 est tombé sur la 6° Compagnie, formée en colonne de compagnie, à Vienne-le-Château, près du coteau de Saint-Thomas. Il nous tue 1 Adjudant, 18 soldats, en blesse 44. Le Lieutenant BOUCLE est blessé d’un éclat. »


Extrait du Journal des Marches et Opérations du 128° Régiment d’Infanterie

Service Historique de la Défense – 26 N 686/6

Hostellerie Argonne

Cagnas français dans le parc de l’Hostellerie d’Argonne – Collection E.M.

Les corps déchiquetés des soldats Samariens sont projetés dans un arbre du parc. Ce Tulipier de Virginie (ou du Japon selon les sources) est depuis lors surnommé l’Arbre Sanglant.

 Coordonnées G.P.S. : N 49° 11′ 28,8″ – E 004° 53′ 06,8″

Vienne-le-Château blog

L’Arbre Sanglant aujourd’hui – Photographie E.M.

La chapelle du 132° R.I.T.

Au cours des quatre longues années qu’a duré la Grande Guerre, des soldats sont venus des tous les coins de France et des colonies pour se battre en Argonne. Après avoir passé une période plus ou moins longue aux tranchées, ils partaient se reposer dans des campements forestiers ou dans des villages se trouvant à seulement quelques centaines de mètres des lignes de combat.

Les hommes profitent de ces périodes de repos pour panser leurs plaies ou pour faire le deuil de leurs camarades ou de leurs amis qui sont tombés là-bas sur le front. Leur seule échappatoire est souvent la foi. A quoi s’accrocher d’autre qu’à Dieu dans ces moments difficiles, loin de sa famille et à proximité immédiate des combats ou les hommes ont perdu toute humanité.

L’Argonne est riche en édifices religieux et compte de nombreuses églises, anciennes abbayes, ermitages ou chapelles.

Saint Rouin

Un militaire pose devant la statue du Christ de l’Ermitage de Saint Rouin – Collection E.M.

Pendant la guerre, ces dernières étaient en grande majorité inaccessible aux combattants puisque bien trop loin des lignes de combats. En effet, les quelques rares églises qui se trouvaient à proximité du front, ont été très rapidement détruite par l’artillerie.

Aubréville 1

Les ruines de l’église d’Aubréville – Collection E.M.

Aubréville 2

L’orgue dans les ruines de l’église d’Aubréville – Collection E.M.

Dans ces conditions comment prier lorsque l’on se trouve à seulement kilomètre des tranchées…

Des messes sont organisées régulièrement en forêt, mais ces offices communs ne sont pas propices au recueillement intime qui suit la perte d’un ami ou d’un bon camarade.

Messe Argonne

Messe en plein air quelque part en Argonne – Collection E.M.

Les soldats peuvent aussi se tourner vers l’aumônier du régiment qui est toujours disponible pour les écouter et les aider dans leurs prières.

Parfois les combattants ont créé eux-mêmes un lieu de culte, comme c’est le cas sur un des coteaux Argonnais qui borde l’Aisne.

Le 22 janvier 1917, les soldats du 132° Régiment d’Infanterie Territoriale débarquent à Sainte-Ménéhould et vont relever immédiatement le 63° Régiment d’Infanterie Territoriale à Saint-Thomas-en-Argonne.

Saint Thomas

Saint-Thomas-en-Argonne pendant la guerre – Collection E.M.

Placé sous le commandement du Général commandant la 16° Division d’Infanterie, les premières compagnies sont envoyées au front le lendemain. Elles occupent les tranchées du quartier de Condé dans l’Argonne ouest. Le reste du régiment s’installe dans les campements qui entourent le village, qu’il quittera courant septembre 1918, pour suivre l’avancée alliée sur Vouziers.

Au cours de l’année 1917, les hommes du 132° Régiment d’Infanterie Territoriale ont créés une petite chapelle sur les pentes d’un coteau situé à l’ouest du village de Saint-Thomas-en-Argonne et surplombant l’Aisne. Pour la construire, ils ont prélevé des pierres dans les ruines de l’église du village et c’est ainsi qu’avec trois fois rien ils ont réussi à édifier cette chapelle en assemblant astucieusement les restes de plusieurs colonnes et de maçonnerie.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 11′ 03,0″ – E 004° 51′ 49,4

Saint Thomas en Argonne 1 Blog

La chapelle du 132° R.I.T. à Saint-Thomas-en-Argonne – Photographie E.M.

Pour décorer l’édifice, le Soldat Joseph Linden a sculpté l’autel et la croix qui surmonte l’entrée. Celle-ci porte les inscriptions « 132° R.I.T. » et « Tarn-et-Garonne », la région d’origine du régiment qui était encaserné à Montauban avant la guerre.

Saint Thomas en Argonne 3 Blog

L’autel de la chapelle est l’œuvre du Soldat Linden – Photographie E.M.

Saint Thomas en Argonne 4 Blog

Une autre œuvre du Soldat Linden, la croix surmontant l’entrée de la chapelle – Photographie E.M.

Longtemps oubliés, ces vestiges ont été restaurés par l’association du Comité Franco-Allemand, a qui l’on doit également la restauration du camp de la vallée Moreau. Ces travaux ont eu lieu au début des années 2010 et ils ont permis de sauvegarder ce petit témoin de la vie de nos soldats loin de chez eux.

Les fusillés oubliés

Au cours de la Grande Guerre, presque toutes les nations ont fusillées des soldats. On estime aujourd’hui que les armées françaises ont passées par les armes près de 650 militaires pour des motifs allant du refus d’obéissance au crime. En Argonne, plusieurs dizaines d’exécutions ont été recensés et la grande majorité de ces condamnés reposent encore dans la région. Généralement inhumés non loin des lieux de leur mise à mort, leurs dépouilles ont été transférées vers les Nécropoles Nationales à la fin du conflit, les rendant de ce fait anonyme au milieu des milliers d’autres tombes.

Il y a cependant quelques exceptions, comme c’est le cas à Florent-en-Argonne. Au fond du petit cimetière de la commune, un groupe de trois sépultures se distingue parmi les caveaux familiaux.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 08′ 13,9″ – E 004° 57′ 16,1″

Florent-en-Argonne blog

Tombes des trois fusillés de Florent-en-Argonne

Il s’agit des tombes de trois soldats fusillés entre décembre 1914 et décembre 1915. Voici les informations concernant ces trois combattants :

SEVERIN Maurice est le fils de SEVERIN François Édouard et MANSEAUX Palmyre Irma. Il voit le jour à Francheval dans les Ardennes le 11 mars 1881. Avant la guerre, il était employé de commerce à Paris.
Au moment de sa condamnation, il appartenait à la 11° Compagnie du 147° Régiment d’Infanterie et avait le grade de Soldat.
Il est jugé le 23 octobre 1914 par le Conseil de Guerre Spécial du 147° Régiment d’Infanterie à Florent-en-Argonne, qui le condamne à la peine capitale pour abandon de poste en présence de l’ennemi et mutilation volontaire.
Il est exécuté le 24 octobre 1914 à Florent-en-Argonne.

Fiche de décès du Soldat SEVERIN Maurice
Dossier de procédure du Soldat SEVERIN Maurice

SEVERIN blog

Tombe du Soldat SEVERIN Maurice

 BENOIT Louis est né 6 décembre 1880 à Salviac dans le Lot, il est le fils de BENOIT Jean et de VERGNOLLES Marie. Avant la guerre, il était cultivateur vivait toujours dans son village natal.
Avant son exécution, il était Soldat de 2° Classe et appartenait à la 10° Compagnie du 7° Régiment d’Infanterie.
Jugé le 2 octobre 1915, par le Conseil de Guerre de la 131° Division d’Infanterie à Florent-en-Argonne, il est condamné à mort pour avoir refusé d’obéir en présence de l’ennemi.
Deux jours plus tard, le Soldat BENOIT est passé par les armes à Florent-en-Argonne.

 Fiche de décès du Soldat BENOIT Louis
Minutes du procès du Soldat BENOIT Louis
Dossier de procédure du Soldat BENOIT Louis

BENOIT-blog

Tombe du Soldat BENOIT Louis

 PAISANT Marcel est né le 9 août 1895 à Cherbourg dans la Manche. Fils de PAISANT Victor Alexandre et de FOURNAGE Victorine Françoise Euphrasie, il était journalier à Cherbourg avant la guerre. Soldat de 2° Classe, il appartenait à la 21° Compagnie du 270° Régiment d’Infanterie avant son jugement.
Le 20 décembre 1915, il comparait devant le Conseil de Guerre de la 19° Division d’Infanterie avec un de ses camarades, le soldat PECOT Raymond. Ils sont d’abord condamné à mort tous les deux, mais la sentence du Soldat PECOT Raymond sera commuée en une peine dix ans d’emprisonnement.
Le Soldat PAISANT est quant à lui exécuté le 21 décembre 1915 à Florent-en-Argonne pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi.

Fiche de décès du Soldat PAISANT Marcel
Minutes du procès du Soldat PAISANT Marcel
Dossier de procédure du Soldat PAISANT Marcel

PAISANT blog

Tombe du Soldat PAISANT Marcel

 L’Argonne à l’heure 14:18 vous proposera, dans quelques temps, un état des hommes qui ont été fusillés en Argonne, en attendant si vous voulez avoir plus d’informations sur ce sujet, rendez-vous à l’Office de Tourisme du Pays d’Argonne (Clermont-en-Argonne) pour visiter l’exposition de L’Argonne à l’heure 19 :15 jusqu’à la fin de l’année 2015.

Tombe allemande à Varennes-en-Argonne

Toute la moitié Nord de l’Argonne a été occupée par les Allemands pendant la Grande Guerre. Aujourd’hui il ne reste quasiment plus de traces de cette période, mais parfois au détour d’un chemin ou d’un mur un vestige vient nous rappeler ces événements difficiles.

Comme c’est le cas à Varennes-en-Argonne, où vous pourrez découvrir une ancienne tombe allemande qui subsiste derrière le cimetière communal.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 13′ 40,1″ – E 005° 02′ 36,1″

Tombe allemande - Photographie E.M.

Tombe allemande – Photographie E.M.

Cette stèle en pierre est ornée à son sommet d’une Croix de Fer entouré d’une couronne de laurier. Une branche de chêne est encadrée par deux épitaphes sur lesquels on peut lire :

ALS
HELD STARBEN
AM VAUQUOIS DEN 1.2.16
OTTO BERGEMANN
COBLENZ 12.2.95
MAR LEMM
AUGUSTWALDE 15.12.98

PIONIER MINEUR KOMP. 398

Épitaphe au centre de la stèle - Photographie E.M.

Épitaphe au centre de la stèle – Photographie E.M.

Épitaphe au pied de la stèle - Photographie E.M.

Épitaphe au pied de la stèle – Photographie E.M.

Que l’on peut traduire par :

 Mort au champ d’honneur
A Vauquois le 01/02/1916
Otto Bergemann
Coblence 12/02/1895
Mar Lemm
Augustwalde 15/12/1898

398ème Compagnie de Pionniers Mineurs

 Il s’agit donc de la sépulture de Otto Bergemann est né le 12 février 1895 à Coblence et Mar Lemm qui a vu le jour à Augustwalde le 15 décembre 1898. Ils ont été tués à Vauquois le 1er février 1916, à l’âge de 18 et 21 ans.

Otto Bergemann repose aujourd’hui sous la tombe 2-242 dans le cimetière de Cheppy. A ce jour, il est impossible de dire si le Mar Lemm repose toujours sous cette tombe ou si son corps a été transféré ailleurs.

Cimetière du Feld Kompanie Pionier Regiment n°20

Comme tous les frontsl’Argonne a connu son lot de morts, qu’il a fallu enterrer dans des cimetières provisoires. Au sortir de la guerre, les corps des soldats inhumés dans ces derniers ont été regroupés dans de grandes nécropoles faisant ainsi disparaître les cimetières que les combattants avaient créés.

Il y a cependant quelques exceptions, comme les vestiges de ce cimetière qui se trouve entre Varennes-en-Argonne au Four-de-Paris.

Coordonnées G.P.S. du site : N 49° 12′ 25,8″ – E 004° 59′ 07,0″

Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 - Le Four de Paris

Cimetière du Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 aujourd’hui – Photographie E.M.

Créé par le Feld Kompanie Pionier Regiment n°20, il était entouré d’un mur de clôture et son entrée était marquée par deux poteaux soutenant un portail en fer. Au milieu des tombes, les Allemands avaient érigé un monument.

Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 - Le Four de Paris - Collection T. CORNET

Cimetière du Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 pendant la guerre – Collection T. CORNET

Après la Grande Guerre, les corps ont été transférés vers d’autres cimetières et le monument a été remonté dans le cimetière militaire de Servon-Melzicourt. Il ne reste aujourd’hui que le mur de clôture et les poteaux du portail d’entrée.

Le monument du Feld Kompanie Pionier Regiment n°20 dans le cimetière allemand de Servon-Melzicourt – Photographie E.M.

Ces vestiges se trouvent au bord de la route départementale n°38, veillez donc à votre sécurité en stationnant votre véhicule en dehors de la chaussée.

L’Argonne à l’heure 14:18 tiens à remercier Monsieur CORNET pour l’autorisation de reproduction de la photographie d’époque.