Jules CHEVALIER fusillé le 21 octobre 1914 à Récicourt

Le 21 octobre 1914, les hommes du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied sont réunis dans une pâture aux alentours de Récicourt pour assister à l’exécution de deux de leurs camarades. L’un d’eux était le Chasseur de 2ème Classe CHEVALIER.

Jules Louis Lucien CHEVALIER est le fils de feu Fortuné, cultivateur et son épouse Adèle Rosine, née MAUREL. Il voit le jour le 7 janvier 1881 aux Eyssautiers, un petit hameau de la commune de Saint-Michel 1 dans les Basses-Alpes 2.

Village de Saint-Michel avant la guerre – Collection particulière

En 1902, le jeune homme vit à Marsillargues dans l’Hérault où il est cultivateur. Reconnu apte au service militaire par le conseil de révision de Forcalquier, il arrive le 15 novembre à Grasse pour être incorporé en tant que Chasseur de 2ème Classe au 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied. Sa conscription se déroule sans problème jusqu’au 23 septembre 1905, date à laquelle il retourne vivre à son ancienne adresse en ayant obtenu son certificat de bonne conduite.

Caserne du 23ème Bataillon de Chasseurs à Pied à Grasse – Collection particulière

Le 23 novembre 1905, Jules quitte l’Hérault pour aller s’installer au 217 de la rue d’Alésia dans le XIVème arrondissement de Paris. Il déménage quelques semaines plus tard au 42 de l’avenue de Châtillonn 3, avant d’abandonner la capitale pour Alfortville le 6 janvier 1906. A l’été 1909, il doit retourner à la caserne du 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied pour effectuer sa première période d’exercice dans la réserve de l’armée d’active. Le 16 février 1910, il emménage à Charenton-le-Pont avant de rejoindre les Chasseurs Grassois pour accomplir une nouvelle période d’exercice en juin.

Le 1er août 1914, comme des milliers d’autres Français, Jules est rappelé par le décret de mobilisation générale et conformément aux instructions figurant dans son livret militaire, il se rend à Grasse. Il arrive à la caserne du 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied le 5 août et après avoir été entièrement équipé, il rejoint la région de Touët-de-Beuil 4 où le reste de l’unité surveille la frontière alpine.

Touët-de-Beuil dans les Alpes-Maritimes – Collection particulière

L’Italie ayant choisi la neutralité dès les premiers jours du conflit, le haut commandement décide de redéployer les Chasseurs Grassois dans le nord-est de la France. Le régiment embarque à Nice le 12 août et arrive en gare de Ceintrey dès le lendemain pour se mettre immédiatement à la poursuite d’un ennemi qui va refuser le combat pendant des jours. C’est finalement en arrivant à Dieuze le 19 août que le 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied va connaître son baptême du feu, avant de combattre à Gelucourt, Lunéville et Lamath-Xermaménil.

Le 12 septembre, Jules est affecté au 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied qui stationne à Vassincourt pour reconstituer ses effectifs après l’éprouvante bataille de la Marne. Deux jours plus tard, l’unité fait mouvement et se diriger vers la rive gauche de la Meuse. Elle arrive le 16 septembre à Cumières-le-Mort-Homme pour tenter de progresser sur l’axe Forges-sur-Meuse – Montfaucon-d’Argonne, mais elle ne tarde pas à se heurter à une forte résistance de l’ennemi. Ne parvenant plus à avancer, elle subit pendant plusieurs jours des bombardements violents, avant d’être relevé. A la fin du mois, Jules et ses camarades vont organiser et défendre les bois de Cheppy, de Malancourt et les environs de Vauquois. Le 30 septembre, la 22ème Compagnie du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied est bombardée vers 15h30 alors qu’elle occupe les positions du Pont des Quatre Enfants. Les Chasseurs Jules CHEVALIER et Pierre ETCHEVERRY quittent les tranchées et disparaissent pendant plusieurs jours.

Jules réintègre son unité le 5 octobre 1914 lorsqu’elle arrive à Brabant-en-Argonne, mais son absence a déjà été signalé au commandement. Le Chasseur est arrêté quelques temps plus tard, puis transféré à Récicourt dans les locaux du quartier général de la 29ème Division d’Infanterie pour y être interrogé dès le 8 octobre. Au cours de son interrogatoire Jules explique que lorsque « les obus tuer et blesser des hommes près de lui […] il se jeta dans le bois, s’y perdit et erra ainsi […], n’osant […] se montrer [par] peur de se trouver dans les lignes allemandes 5 ». En arrivant le 3 octobre en fin d’après-midi à Brabant-en-Argonne, « il se présenta au 24ème Bataillon de Chasseurs dont le Lieutenant-Colonel lui prescrit d’attendre l’arrivée du 6ème Bataillon qui devait avoir lieu dans la nuit du 4 au 5 5 ». A la fin de l’enquête, le Général commandant la 29ème Division d’Infanterie décide de laisser son conseil de guerre permanent statuer sur le sort des Chasseurs Jules CHEVALIER et Pierre ETCHEVERRY. Un tribunal composé du Lieutenant-Colonel TOUPNOT du 55ème Régiment d’Artillerie, du Chef de Bataillon MARTIN du 3ème Régiment d’Infanterie, du Capitaine de Gendarmerie SARLOT de la Prévôté de la Division, du Lieutenant BARTHELEMY du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied et de l’Adjudant LAURENT de la même unité, se réunit le 19 octobre 1914 au quartier général de la division et malgré l’aide du Lieutenant FABREGOUL du 3ème Régiment d’Infanterie pour se défendre, les deux accusés sont reconnus coupable d’abandon de poste et de désertion en présence de l’ennemi. Le conseil de guerre les condamnent à la peine capitale et à verser la somme de 24,80 francs pour s’acquitter des frais de justice.

Récicourt pendant la guerre – Collection Mikaël EMBRY

Le 21 octobre 1914, Jules arrive sous bonne escorte dans une pâture des environs de Récicourt où ses camarades du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied ont été réunis. Placé devant un peloton d’exécution, il est passé par les armes après la lecture de sa condamnation. Sa dépouille à sans doute d’abord été inhumé à Récicourt, mais sa sépulture actuelle reste introuvable. Son décès est finalement transcrit le 16 décembre 1916 à Saint-Michel1, où il figure sur le monument aux morts alors qu’il n’a toujours pas été réhabilité.

1 – La commune s’appelle aujourd’hui Saint-Michel-l’Observatoire
2 – En 1970 les Basses-Alpes sont devenues les Alpes-de-Haute-Provence
3 – Cette avenue s’appelle aujourd’hui Avenue Jean Moulin
4 – La commune s’appelle aujourd’hui Touët-sur-Var
5 – Extrait de l’interrogatoire des Chasseurs Jules CHEVALIER

Sources :
Historique du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied – Bibliothèque Nationale de France – FRBNF41477924
Historique du 23ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied – Bibliothèque Nationale de France – FRBNF42716580
Dossier de procédure de procès du Chasseurs Jules CHEVALIER et Pierre ETCHEVERRY – Service Historique de la Défense – SHD/GR 11 J 1134

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Les fusillés oubliés

Au cours de la Grande Guerre, presque toutes les nations ont fusillées des soldats. On estime aujourd’hui que les armées françaises ont passées par les armes près de 650 militaires pour des motifs allant du refus d’obéissance au crime. En Argonne, plusieurs dizaines d’exécutions ont été recensés et la grande majorité de ces condamnés reposent encore dans la région. Généralement inhumés non loin des lieux de leur mise à mort, leurs dépouilles ont été transférées vers les Nécropoles Nationales à la fin du conflit, les rendant de ce fait anonyme au milieu des milliers d’autres tombes.

Il y a cependant quelques exceptions, comme c’est le cas à Florent-en-Argonne. Au fond du petit cimetière de la commune, un groupe de trois sépultures se distingue parmi les caveaux familiaux.

Coordonnées G.P.S. : N 49° 08′ 13,9″ – E 004° 57′ 16,1″

Florent-en-Argonne blog

Tombes des trois fusillés de Florent-en-Argonne

Il s’agit des tombes de trois soldats fusillés entre décembre 1914 et décembre 1915. Voici les informations concernant ces trois combattants :

SEVERIN Maurice est le fils de SEVERIN François Édouard et MANSEAUX Palmyre Irma. Il voit le jour à Francheval dans les Ardennes le 11 mars 1881. Avant la guerre, il était employé de commerce à Paris.
Au moment de sa condamnation, il appartenait à la 11° Compagnie du 147° Régiment d’Infanterie et avait le grade de Soldat.
Il est jugé le 23 octobre 1914 par le Conseil de Guerre Spécial du 147° Régiment d’Infanterie à Florent-en-Argonne, qui le condamne à la peine capitale pour abandon de poste en présence de l’ennemi et mutilation volontaire.
Il est exécuté le 24 octobre 1914 à Florent-en-Argonne.

Fiche de décès du Soldat SEVERIN Maurice
Dossier de procédure du Soldat SEVERIN Maurice

SEVERIN blog

Tombe du Soldat SEVERIN Maurice

 BENOIT Louis est né 6 décembre 1880 à Salviac dans le Lot, il est le fils de BENOIT Jean et de VERGNOLLES Marie. Avant la guerre, il était cultivateur vivait toujours dans son village natal.
Avant son exécution, il était Soldat de 2° Classe et appartenait à la 10° Compagnie du 7° Régiment d’Infanterie.
Jugé le 2 octobre 1915, par le Conseil de Guerre de la 131° Division d’Infanterie à Florent-en-Argonne, il est condamné à mort pour avoir refusé d’obéir en présence de l’ennemi.
Deux jours plus tard, le Soldat BENOIT est passé par les armes à Florent-en-Argonne.

 Fiche de décès du Soldat BENOIT Louis
Minutes du procès du Soldat BENOIT Louis
Dossier de procédure du Soldat BENOIT Louis

BENOIT-blog

Tombe du Soldat BENOIT Louis

 PAISANT Marcel est né le 9 août 1895 à Cherbourg dans la Manche. Fils de PAISANT Victor Alexandre et de FOURNAGE Victorine Françoise Euphrasie, il était journalier à Cherbourg avant la guerre. Soldat de 2° Classe, il appartenait à la 21° Compagnie du 270° Régiment d’Infanterie avant son jugement.
Le 20 décembre 1915, il comparait devant le Conseil de Guerre de la 19° Division d’Infanterie avec un de ses camarades, le soldat PECOT Raymond. Ils sont d’abord condamné à mort tous les deux, mais la sentence du Soldat PECOT Raymond sera commuée en une peine dix ans d’emprisonnement.
Le Soldat PAISANT est quant à lui exécuté le 21 décembre 1915 à Florent-en-Argonne pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi.

Fiche de décès du Soldat PAISANT Marcel
Minutes du procès du Soldat PAISANT Marcel
Dossier de procédure du Soldat PAISANT Marcel

PAISANT blog

Tombe du Soldat PAISANT Marcel

 L’Argonne à l’heure 14:18 vous proposera, dans quelques temps, un état des hommes qui ont été fusillés en Argonne, en attendant si vous voulez avoir plus d’informations sur ce sujet, rendez-vous à l’Office de Tourisme du Pays d’Argonne (Clermont-en-Argonne) pour visiter l’exposition de L’Argonne à l’heure 19 :15 jusqu’à la fin de l’année 2015.