Bienvenue sur l’Argonne à l’heure 14:18

Mis en avant

Bienvenue sur L’Argonne à l’heure 14:18,

Ce blog regroupera des informations diverses sur l’Argonne et les combats qui s’y sont déroulés durant la Première Guerre Mondiale. Vous pourrez suivre les traces de deux régiments, le 6° Régiment de Cuirassiers, une unité argonnaise, encasernée à Sainte Ménéhould, le second est le 4° Régiment de Marche du 1° Étranger qui était composé de volontaires italiens réunis autour des petits-fils de Guiseppe Garibaldi. Vous pourrez aussi découvrir les vestiges encore présents en Argonne et qui sont souvent inconnus du grand public.

Une partie de ce blog sera entièrement consacrée aux Argonnais tombés au champ d’honneur durant les divers conflits. Une autre rubrique est participative et tentera de regrouper à terme tous les hommes morts en Argonne pendant la Grande Guerre.

Vous trouverez aussi des informations sur les articles et les parutions diverses ainsi que sur les événements et cérémonies mémorielles passées et à venir.

Les premiers articles seront mis en ligne le 1 août 2014, soit au début du centenaire de la Grande Guerre.

Bonne future visite…

Cimetière provisoire de l’Infanterie-Regiment Nr. 30

En plus d’être un immense champ de bataille, le Bois de la Gruerie a également tenu une place importante dans l’organisation de l’armée allemande. En quelques mois, les hommes du Général von Mudra vont complètement remodeler ce massif forestier en y installant des campements et des casernes mais aussi en créant un maillage de routes et de voies ferrés étroites pour désenclaver ce secteur. Ces nouveaux axes de communication étaient principalement utilisés pour amener des troupes, du matériel et des munitions au plus près des lignes de combat tout en facilitant l’évacuation des blessés et des morts vers l’arrière. Les dépouilles des soldats tombés dans le Bois de la Gruerie étaient majoritairement inhumés dans de petits cimetières provisoire situés à seulement quelques kilomètres derrière les premières lignes. Ces corps seront finalement relevés dans les années 1930 pour être transférés vers des nécropoles plus grandes.

Ainsi l’Argonne disposait d’un grand nombre de cimetières provisoires après la guerre et même si aujourd’hui ils sont presque tous désaffectés, un promeneur avertit peut encore en retrouver des traces. Seuls les vestiges de trois anciens cimetières sont encore bien visibles au cœur du Bois de la Gruerie et notamment ceux du cimetière créé par l’Infanterie-Regiment Nr. 30.

Cette unité, casernée à Sarrelouis dans la Sarre (Allemagne), est arrivée sur le front argonnais au début de 1915. Elle combattra dans les tranchées du Bois de la Gruerie pendant près d’un an avant d’être envoyé en Champagne. Au cours de cette période les hommes de l’Oberstleutnant Andrè F. inhumeront leurs camarades aux portes d’un campement dans lequel on peut encore voir une magnifique tranchée bétonnée.

Ce cimetière était initialement entouré de palissades en béton soutenues par des piliers réalisés avec le même matériau. Une partie de cette clôture a survécu jusqu’à nos jours.

État de clôture aujourd’hui – Photographie EMBRY M.

Deux piliers marquent l’ancienne entrée du cimetière. En face de celle-ci on peut encore remarquer un socle qui à sans doute servi de base à un monument aujourd’hui disparu.

Ancien portail d’entrée – Photographie EMBRY M.

Même si plus aucuns corps de soldats allemands ne reposent dans cette enceinte, une stèle se dresse encore miraculeusement au milieu des ruines.

Seule stèle encore debout du cimetière – Photographie EMBRY M.

Elle ne porte plus aucun nom, mais on peut encore trouver quelques des fragments de pierres tombales portant des inscriptions qu’il serait aujourd’hui difficile de comprendre.

Fragment portant des inscriptions – Photographie EMBRY M.

Afin de préserver ce vestige, sa localisation exacte ne sera pas divulguée.

 

Une tranchée bétonnée allemande

Cette tranchée se trouve au beau milieu du Bois de la Gruerie, non loin de deux anciens cimetières allemands aujourd’hui désaffectés.

Vue général de la tranchée – Photographie M. EMBRY

 

Après avoir creusé ce retranchement de campagne, les soldats allemands ont pris soin de le recouvrir d’une mince couche de béton qu’ils ont armés avec un grillage souple.

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Banquette de tir depuis l’intérieur de la tranchée – Photographie M. EMBRY

Situé sur la crête d’un ravin et la tranchée dispose d’une banquette de tir est orientée vers le versant opposé. Bien que remarquable cet ouvrage n’a probablement connu aucun combat puisqu’il se situe dans les arrières allemands à plusieurs kilomètres des premières lignes.

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Banquette de tir – Photographie M. EMBRY

Les intempéries et les racines des arbres abîment petit à petit ce vestige qui finira par disparaître. Cependant sa localisation exacte ne sera pas divulguée afin de permettre sa conservation.

Une centrale électrique au milieu des bois

En 1916, les pionniers allemands de la 10° Kompagnie 2° Reserve Pionier ont construit une centrale électrique qui a subsisté jusqu’à nos jours. Situé au Nord du Bois de la Gruerie, elle alimentait le réseau d’éclairage d’un campement tout proche.

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La centrale électrique se trouve sur le versant d’un ravin – Photographie M. EMBRY

Le bâtiment de forme parallélépipédique est assez simple et s’adosse à la pente d’un ravin. Sa façade ne compte qu’une porte et trois fenêtres débouchant sur deux pièces. Dans l’une d’elle on peut encore découvrir le socle qui accueillait les groupes électrogènes aujourd’hui disparus.

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Intérieur de la centrale électrique – Photographie M. EMBRY

Au-dessus de la porte, les hommes du 2° Reserve Pionier ont réalisé un cartouche qui rappelle l’ancienne fonction de la bâtisse.

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Porte d’entrée de la centrale électrique – Photographie M. EMBRY

On peut y lire :

ELECTR. LICHTCENTRALE
DESSAUER PLATZ.
2. RES PIO. KOMP. 10
AUG. 1916

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Le cartouche – Photographie M. EMBRY

Centrale électrique des lumières
Dessauer Platz
2 Régiment de Pionnier de Réserve 10 Compagnie
Août 1916

Les inscriptions sont quelques peu endommagées, mais restent parfaitement lisibles.

Afin de préserver cet édifice, sa localisation exacte ne sera pas divulguée.

Accident mortel au Neufour

En octobre 1914, le front commence à se stabiliser un peu partout et confronte rapidement les armées à une guerre de siège toujours plus gourmande en hommes, en matériels et en munitions. En plus des problèmes logistiques, les unités combattant en Argonne doivent également faire face à d’autres inconvénients. En effet, comment alimenter régulièrement des positions de combat, dans une région forestière, très mal desservie par les réseaux de communications et dont les infrastructures ne sont pas absolument prévues pour accueillir les milliers de soldats nécessaires à leur défense?

Dans la précipitation des premières semaines de combat, les militaires vont improviser en transformant les villages, désertés par les populations, en véritable casernement et en installant les ambulances des services de santé et les quartiers généraux dans les plus grands édifices ou dans les gares. Les tonnes de munitions et de vivres, qui arrivent tous les jours par trains ou par camions, sont stockées dans des bâtiments civils pas toujours très adaptés à cet usage. Cette activité intense finira par entraîner des accidents dont les victimes viendront encore grossir les pertes significatives causées par les combats de la Haute Chevauchée et du Bois de la Gruerie.

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Relève sur la route qui longe la vallée de la Biesme – BDIC – Fond Valois (VAL 193/205) – Septembre 1916

Avec l’enlisement progressif du conflit, les militaires vont être contraint de réorganiser complètement les quelques kilomètres en arrière des lignes, réquisitionnant les industries locales à l’arrêt depuis le début de la guerre. Ils parviendront ainsi en seulement quelques mois à transformer la vallée de la Biesme en une véritable base logistique capable d’alimenter tout le secteur.

Scierie 13 R.G. en Argonne

Scierie du 13° Génie – Collection EMBRY Mikaël

Le Neufour sera alors utilisé comme cantonnement pour les contingents attendant de monter au front, tandis qu’un bâtiment non loin de l’église sera utilisé par les artilleurs et les sapeurs pour y stocker leurs munitions et leurs explosifs.

Le Neufour - Groupe de soldats 113 R.I.

Groupe de soldat du 113° R.I. au Neufour – Collection EMBRY Mikaël

Fin décembre 1914, le commandement donne l’ordre aux unités occupant le village de construire un réseau de fils de fer, qui sera utilisé pour des essais de destruction. En prévision de ces expériences un bouclier sur roues muni d’un chalumeau oxyacétylénique est livré le 29 décembre et rejoint pour la nuit les 150 obus sphériques pour mortiers de 15, 25 projectiles de cheddite, 100 bombes à mains, 80 fusées éclairantes, 50 projectiles pour mortier Cellerier et des 30 kilogrammes de poudre M.C. 30 déjà stockés dans le dépôt de munitions improvisé. Il doit être utilisé le lendemain pour une démonstration devant un parterre d’officiers.

Le 30 décembre, le village est réveillé vers 8h45 par une violente déflagration. Le magasin derrière l’église vient d’exploser en embrasant les maisons des alentours. Les Français tentent immédiatement de contenir le sinistre, mais il leur faudra lutter pendant plusieurs heures et le soutien des 5°, 6°, 7° et 8° Compagnies Garibaldiennes pour parvenir à éteindre l’incendie.

Le Neufour - Village après l'explosion

Ruines laissées après l’explosion et l’incendie du 30 décembre 1914 – Collection EMBRY Mikaël

Les causes exactes de cet accident restent encore inconnues, mais l’explosion et l’incendie détruiront toute une partie du village. En fin de journée, on dénombre deux sous-officiers, dont un Sergent de la Compagnie 5/3, tués par la détonation et quatorze blessés.

Le Neufour - Vitrail

Vitrail rappelant l’accident du 30 décembre 1914 – Photographie EMBRY Mikaël

Même si les bâtiments détruits n’ont jamais été reconstruit, les traces de l’explosion ont aujourd’hui complètement disparues et seul un vitrail de l’église rappelle l’événement du 30 décembre 1914.

Sources :
Journaux des Marches et Opération de la 10° Division d’Infanterie :
    – Génie – 2 août 1914-31 mars 1915 – 26 N 1161
    – Service de santé divisionnaire – 6 août 1914-31 décembre 1916 – 26 N 28814
    – Parc d’artillerie – 8 août 1914-17 novembre 1915 – 26 N 1038

 

Les fusillés d’Argonne

De tous les sujets touchant à la Grande Guerre, celui des fusillés est sans aucun doute l’un des plus complexes et surtout l’un des plus enclin à la polémique. Avant de nous intéresser à l’histoire de ces derniers durant le conflit et plus particulièrement sur le front Argonnais, commençons par répondre à une question.

C’est quoi un fusillé ?

Il s’agit d’un militaire ayant commis un délit ou un crime civil ou militaire pour lequel la justice prévoit l’application de la peine capitale. Une fois condamné par un tribunal ou un conseil de guerre, le militaire est placé devant un peloton qui se charge de son exécution.

Cette définition simple, l’est en fait un peu trop. Elle permet cependant une bonne entrée en matière, même s’il s’agit d’un sujet aux ramifications très étendues. Il est en effet difficile de classer tous les fusillés avec les mêmes critères, puisque chaque cas est différent. Avant de nous pencher sur les chiffres nationaux et locaux, donnons un cadre à ce thème.

Au début du XX° siècle, toutes les armées du monde disposaient d’une justice militaire chargée de sanctionner les déserteurs et les soldats récalcitrants. Pour condamner ces derniers, les tribunaux et les conseils de guerre s’appuyaient sur le code de justice militaire et l’arsenal de sanctions plus ou moins sévères qu’il mettait à leur disposition. La peine de mort était sans aucun doute la sentence la plus extrême, même s’il ne faut pas oublier que bon nombre de nations européennes appliquaient encore la peine capitale pour certains crimes civils.

Au cours de la Grande Guerre, les belligérants n’ont pas tous appliqué les mêmes mesures face aux insoumis. L’Australie, par exemple, choisira de ne pas les condamner à la peine capitale, puisque ses soldats s’étaient tous engagés volontairement pour venir se battre en Europe ou en Orient. En plus de ces différentes attitudes, il est important de prendre en compte l’évolution des mentalités dans le temps. En effet, avec l’enlisement du conflit, certaines nations, comme la France, vont adapter leur politique de répression. Ainsi les armées tricolores fusilleront plus de soldats entre 1914 et 1915, qu’au cours des trois années suivantes, le commandement ayant compris l’inutilité des exécutions pour maintenir l’ordre et la discipline dans ses rangs.

BDIC - Le Claon - Le Valois - VAL 193-152

Triple exécution au Claon en 1916 – BDIC – Fond Valois (VAL 193/152) – Cl. Docteur X

Aujourd’hui, le travail sur les fusillés français est rendu possible grâce à l’ouverture des archives militaires, mais l’accès à ces fonds soulèvent de nombreuses questions et ouvrent surtout de nouveaux débats sur la réhabilitation partielle ou complète de ces hommes. Les médias se sont également emparés du sujet et ils n’hésitent pas à regrouper tous ces militaires sous l’appellation, parfois erronée, de « fusillé pour l’exemple ».

Ce terme ne concerne que les soldats qui ont été condamnés pour un délit précis et dont l’exécution a été utilisée comme exemple pour garantir l’obéissance de la troupe. Or tous les hommes passés par les armes ne l’ont pas été dans ces conditions, certains ont été condamnés pour espionnage ou pour avoir commis des crimes de droits communs.

Florent-en-Argonne blog

Deux tombes de fusillés au cimetière de Florent-en-Argonne (51) – Photographie E.M.

Le livre du Général André Bach, « Fusillé pour l’exemple – 1914-1915 » paru aux éditions Tallandier en 2003, permettra au grand public de découvrir la condition de ces hommes, mais surtout il donnera un cadre historique à ce sujet. Après lui de nombreux historiens se sont penchés sur les fusillés et en quelques années les publications et les ouvrages se sont multipliés, ce qui nous permet de mieux cerner l’histoire et le parcours de ces militaires relégués à la marge de l’armée et de leur pays.

De nos jours, on estime à 2500 le nombre de condamnations prononcées par les conseils de guerre français au cours de la Grande Guerre. Fort heureusement ces dernières ne furent pas toutes appliquées puisque certains hommes ont pu bénéficier de recours en grâce. Les autres ont vu leur peine remplacée par un séjour en prison, un envoi au bagne ou dans un atelier de travaux public. D’autres ont été envoyés dans des unités disciplinaires, mais ces affectations étaient souvent synonyme d’une mort annoncée.

Si l’on s’en tient aux chiffres présentés par le Général Bach dans son livre, les armées françaises ont exécuté près de 650 hommes pour des crimes et des délits militaires, auxquels il faut encore ajouter une cinquantaine de soldats pour des crimes de droits communs et autant pour espionnage. Le bilan pour la France s’élèverait donc à 740 militaires fusillés, mais là encore il faut relativiser cette somme et la considérer comme un minimum. En effet, certains militaires ont été exécutés sommairement sans véritable procès, parfois même au bord d’une route lors du déplacement d’une unité. Ces cas n’ont laissé quasiment aucunes traces archivistiques, ce qui les rend très difficiles à identifier.

Stat fusillé

Statistiques établies par le Général André Bach dans « Fusillé pour l’exemple 1914-1915 » – Tallandier – 2003

Peu avant l’ouverture du Centenaire de la Grande Guerre, le Service Historique de la Défense a annoncé avoir comptabilisé plus de 1000 militaires exécutés au cours du conflit. Ce chiffre peut paraître impressionnant, mais la France ne fut pas la seule à fusiller ses insoumis. L’Italie a passé par les armes près de 750 soldats, les Anglais ont quant à eux tués environ 330 hommes, alors que l’Allemagne ne fera que 48 exécutions. Ces chiffres très nuancés, montrent bien la quasi généralisation de l’application de la peine capitale tant chez les alliés que chez l’ennemi.

Le front Argonnais, comme tous les autres, a eu son lot d’exécutions et après avoir travaillé sur les fonds d’archives, on peut établir un premier bilan, permettant d’estimer que les pelotons ont fait une petite centaine de victimes dans la région. Ces exécutions ne sont pas uniformément réparties sur le territoire, mais suivent plutôt l’évolution du front. La grande majorité de ces dernières ont cependant eu lieu dans les villages et les campements de l’arrière, même si quelques hommes ont été fusillés à seulement quelques centaines de mètres des tranchées.

carte argonne vierge

Fond de carte F. Wittmann – Synthèse cartographique M. Embry

La majeure partie de ces militaires ont été passés par les armes pour des crimes ou des délits commis dans la région, certains ont été jugés et condamnés pour des méfaits commis dans d’autres secteurs.

Année 1914 :

BERTRAND Pierre Lucien
BIGEREL Albert Constant
BOURGEOIS Auguste Charles
CARDON Georges Alexandre
CHEVALIER Jules Louis Lucien
DELATTRE Michel
DESPRES Alphonse Émile
ETCHEVERRY Pierre
FOQUINO Alexandre
GENON Maurice Ernest
HAUBERT Auguste Eugène
JADOT Lucien
LETURGEZ Ernest Auguste
LOCHE Alfred
MAGNIER Léon Séraphin Maurice
NAUDIN Louis Isidore Marcel
SCHMITT Victor
SEVERIN Maurice David
TERRIER Ernest

Année 1915 :

ALEXANDRE Ernest
BARBELIN Pierre André
BENOIT Louis
BERTOUILLE Félix
BESNARD Toussaint
COHET Gaston Charles Joseph
CREN Henri Pierre
CRISTINI Barthélémy
DENES François Marie
DIZAY Maurice Jules Alfred
DUBOIS René Léon Julien
FLAMME Lucien
FIQUET Jules
LABROSSE Antonin
LANGAREL Louis
LEFEVRE Marcel Théodule Louis
LEGER Pierre Lucien
LEPENANT Louis François
LEROUX Fernand Firmin
LEVIEUX Lucien Jean
LOUCHARD Germeuil Georges
MAILLET Marin Hubert
MORET Jean Auguste
PAISANT Marcel Alexandre Barthélémy
PENVERN François Marie
PEYRICAL Léon François
PROUST Clément Gustave
RAVAULT Georges Louis
ROUX Émile Ferdinand
TALBOT André Saturnin
TERREIZ Émile
UDRON Henri Ernest
VIDAL Albert Louis Jean Victor

Année 1916 :

ALBAUD Eugène Joseph
BERNARD Guillaume
BERTIN Joseph
CORD’HOMME René Louis Ambroise
CROIZE Albert
ERMAN René Auguste
FERRAND Fernand Adrien
HENAFF François Marie
JUIN Armand Théophile
LACROIX Augustin Joseph Maurice
LELACHE Louis Alexandre
LEMAIRE Adolphe Clément
LUIGI Virgo
ROBERT Maurice Léon Auguste Émile

Année 1917 :

CHEMIN Marcel Arsène
LE FRANCOIS Adolphe
LEBOUC Marcel Jules Gilbert
MILLE Henri

Année 1918 :

SIMONNET Eugène

Cette première liste permet de voir que les chiffres locaux sont semblables aux statistiques nationales. Elle permet également de voir l’évolution de la mentalité du commandement local, puisque même si 1915, marque un pic notoire avec 33 exécutions, c’est 1914 qui est l’année la plus meurtrière en Argonne avec 19 fusillés en moins de six mois de guerre.

Vous pourrez bientôt découvrir le résumé de chaque procès ainsi que des informations sur les motifs de condamnation de chaque homme.

L’Argonne à l’heure 14:18 tient à remercier la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine pour l’utilisation de certains documents et Madame F. Wittmann pour son fond de carte.

Les séquelles environnementales laissées par la Grande Guerre

Ce livre propose une approche plutôt singulière de la Grande Guerre. Son auteur, Isabelle Masson-Loodts, une journaliste indépendante belge, a décidé d’y développer son étude sur les séquelles environnementales laissées par les combats du front de l’ouest.

Couverture du livre "Paysage en Bataille"

Couverture du livre « Paysage en Bataille »

En temps normal, je suis plutôt frileux envers ces « nouveaux » études, que je considère souvent comme très superficielles. De mon point de vue, les historiens actuels centrent trop souvent leurs recherches sur de grandes groupes classés suivant des critères plus ou moins larges, mais où le combattant, l’homme qui se trouvait sous l’uniforme est souvent oublié. Lorsque j’ai rencontrer Isabelle, je dois avouer que j’ai été encore plus septique, puisqu’elle met la Grande Guerre à la « sauce » environnementale. Je dois l’avouer, je ne suis pas friand de cette mode actuelle du tout écolo que nous retrouvons dans les médias et qui souvent sert le commerce. Mes recherches m’amènent plus souvent à aborder l’histoire militaro-militaire, mais surtout à étudier la vie des Poilus en tant qu’individu.

Alors comment en suis-je venu à m’intéresser au travail et au livre d’Isabelle ?

Tout a commencé à l’été 2015, lorsque l’auteure m’a contactée pour visiter un secteur bien précis du front Argonnais. Lors de cette première approche, il n’a pas été question de son travail, mais de celui de son père, le Docteur Patrick Loodts. Il est lui aussi passionné par la Grande Guerre, principalement par l’évolution de la médecine au cours de cette période. Il présente une partie de ses recherches sur son site. Cette sortie devait lui permettre de se suivre les traces d’un certain Louis Maufrais, médecin auxiliaire du 94° Régiment d’Infanterie. Après quelques échanges de mails, un rendez-vous est finalement fixé.

A la date prévue, nous nous retrouvons au pied du Tulipier Sanglant de Vienne-le-Château et après des présentations d’usage, nous prenons la route pour rejoindre le petit hameau de La Harazée. Ce sera le départ d’une randonnée pédestre à travers les forêts Argonnaises, mais surtout l’ouverture pour moi d’un nouvel axe d’étude de la Grande Guerre. Notre petit groupe, composé d’Isabelle, de son mari, d’un photographe qui travaille avec elle et de son père Patrick, s’enfonce rapidement dans le Bois de la Gruerie et chemin faisant le médecin m’explique qu’il souhaite particulièrement se rendre à Bagatelle. Il tient à s’imprégner des lieux qu’a connu le jeune Louis Maufrais en arrivant en Argonne, mais surtout il cherche à comprendre le relief et l’organisation si particulière de ce petit front situé entre Verdun et la Champagne.

Les premiers kilomètres nous permettent de faire plus amples connaissances et rapidement j’entame des discussions très « 14-18 » avec Isabelle. Elle m’apprend qu’elle est diplômée en archéologie, domaine dans lequel elle va travaillé pendant près de sept ans. En 2000, elle décide de suivre une irrépressible envie et elle abandonne l’histoire des premiers hommes pour se tourner vers ses contemporains et l’étude de l’environnement qui l’entoure. Son travail journalistique reste cependant très marqué par son cursus initial et elle continuera à s’intéresser à l’histoire, mais contemporaine cette fois. Elle a d’ailleurs coécrit avec son père le livre « La Grande Guerre des soignants. Médecins, infirmiers et brancardiers de la Grande Guerre » qui a été publié en 2009, aux éditions Memogrammes.

Alors que nous traversons grandes futaies et taillis, Isabelle oriente petit à petit la conversation vers son sujet de prédilection.

Les séquelles environnementales de la Grande Guerre!

Dans un premier temps, je suis assez réservé quant à cette approche quelques peu déroutante. Que viennent faire la défense des arbres et de la nature dans l’histoire d’un des conflits majeurs du XX° siècle. Rapidement les discussions sur le biotope local et les combats de la région se mêlent, permettant à Isabelle de me faire voir la Grande Guerre à travers son « regard ». Elle m’explique avoir commencé à étudier ce sujet en 2010 lorsqu’elle a lancée une grande enquête publique baptisée « Paysage en Bataille ». Le but était simple, recenser les sites pollués par les combats et créer une première base de données afin d’étudier les conséquences environnementales actuelles. Dans le même temps, la journaliste a pris son bâton de pèlerin pour arpenter l’ancienne ligne de front entre Ypres et Belfort. Elle va y rencontrer des chercheurs, des membres de l’administration forestière, mais aussi passionnés qui vont l’aider dont son repérage. Après deux ans de travail, elle a récolté assez d’informations pour publier une première série d’articles. Ces derniers lui permettront d’obtenir le soutien du Fond pour le Journalisme. Isabelle peut alors poursuivre son étude et publier le livre « Paysage en Bataille », sorte de premier bilan de son travail. Elle va peu à peu augmenter sa communication et travailler sur la série audio-visuelle « 14-18 Traces et Empreintes », mais aussi sur la série radiophonique « Dernières nouvelles du front », qui seront diffusées pendant l’été 2014 par La Première (RTBF).

Plus nous nous approchons de Bagatelle et plus je m’immerge dans la vision du front d’Isabelle. La première des pollutions évoquées ensemble est celle de l’eau. Avec les millions de munitions tirées au cours des combats, il est tout à fait possible que les nitrates ou autres molécules chimiques aient traversés les sols pour contaminer les nappes phréatiques. Cette eau que nous consommons tout les jours sur l’ancien front vient de ces réservoirs naturels et pourtant même avec les moyens techniques modernes, il est impossible de dire s’ils ont été pollués par ces agents chimiques. Les relevés et autres analyses de l’eau potable sont assez récents, ce qui restreint toute remontée dans le temps et donc toute conclusion. On pourrait croire que ce type d’atteintes à l’environnement se limitent aux zones de combat, mais non! Isabelle me parle d’un cas pollution directe en Belgique. Après les guerres, les démineurs ont ramassés une grande quantité d’obus à gaz sur le champ de bataille, mais ces munitions n’étaient pas « recyclable » à l’époque, alors ils reçurent l’ordre de les immerger en pleine mer. L’oxydation ronge les obus après un siècle passé sous les flots et le gaz qu’ils contiennent sous forme liquide se diffuse encore aujourd’hui dans le milieu maritime. A force de discussions, certaines de mes recherches militaro-militaires prennent un autre sens. Je repense alors à un cas qui a eu lieu dans la région à la fin de l’année 1914 et une bride de journal des marches et opérations me revient en mémoire.

J’explique à Isabelle, qu’un dépôt de munitions a accidentellement sauté le 30 décembre dans le village du Neufour. A ce jour je n’avais résonné qu’en pertes humaines et matériels en mettant inconsciemment de côté une petite information. Après déblaiement du site, les soldats retrouveront des obus sphériques pour mortier de 15 n’ayant pas détoné. Le commandement, les jugeant trop instables, prendra la décision de les faire noyer dans la rivière toute proche. Ces munitions ont polluées le cours d’eau à l’époque et il est tout à fait possible qu’elles continuent à le faire puisque nous ne savons pas si elles ont été enlevées.

En début d’après-midi nous sommes de retour aux véhicules et le petit groupe me remercie de les avoir accompagnés sur le terrain. Nous discutons encore quelques minutes avec Isabelle, qui a réussis à me convaincre du bien fondé de ses recherches. Avant de nous quitter elle m’offre son livre, que je lirais dans les jours qui suivront.

Dans son ouvrage, Isabelle nous propose de la suivre dans sa quête des séquelles laissées par la Grande Guerre sur l’environnement. Elle commence par arpenter sa Belgique natale, d’abord à Ypres pour rencontrer plusieurs autorités et participer au The Last Post, une cérémonie émouvante qui a lieu à la Porte de Menin depuis 1928. Après de longues négociations, elle parvient à obtenir l’autorisation d’entrer dans l’usine de Poelkapelle où les démineurs belges traitent les munitions chimiques des deux dernières guerres. Elle continue ensuite ses recherches dans d’autres secteurs du front, notamment le Chemin des Dames ou l’Alsace. Son enquête l’emmène également à Verdun, où elle croise la route de deux scientifiques allemands, de l’Université Gutemberg de Mayence. Ils étudient la « Place à Gaz » ! Un lieu qui a servi à incinérer près de 200 000 obus chimique au sortir du conflit. Aujourd’hui encore on relève dans cette zone des taux d’arsenic ou de métaux lourds bien supérieurs à la normal, pourtant la population meusienne n’apprendra son existence que très récemment.

En bref, « Paysage en Bataille » vous fera découvrir le Grande Guerre à travers les yeux d’Isabelle Masson-Loodts. Une vision mêlant l’environnement à la vie des combattants de 1914 et l’histoire à l’impact de la actuel de la première grande guerre industrielle que connue la planète.

Si vous voulez de plus amples informations sur le projet « Paysage en Bataille » d’Isabelle Masson-Loodts, vous pouvez consulter sa page Facebook ou son blog. Pour vous procurer le livre « Paysage en Bataille » prenez contact avec la maison d’édition Nevicata.

Le long voyage d’un crucifix

Après l’entrée en guerre des États-Unis le 6 avril 1917, des milliers de bateaux accostent en Europe pour débarquer près de deux millions de Sammies. Ces nouveaux soldats sont immédiatement dirigés vers des camps où les Français et les Anglais se chargent de leur instruction, puisque le service militaire n’existe pas outre-Atlantique. Petit à petit, les divisions américaines sont engagées sur le front de l’ouest pour aider les alliés dans leurs grandes offensives. Les Américains participeront ainsi à la Deuxième Bataille de la Marne entre mai et août 1918, puis à la libération du saillant de Saint-Mihiel avant d’être déployés dans le secteur de Verdun.

Le haut commandement réfléchit depuis plusieurs semaines à un vaste plan offensif pour soulager Verdun et relancer la guerre de mouvement en repoussant l’ennemi vers le nord. Le terrain choisit pour cette assaut est situé dans un secteur à l’ouest de la place forte et qui est réputé calme depuis plusieurs mois, l’Argonne.

L’opération sera menée conjointement par la IVème Armée française, du Général Gouraud et la 1ère Armée américaine du Général Pershing. Les troupes françaises établiront leur tête d’assaut dans la vallée de l’Aisne et progresseront vers le nord en longeant celle-ci, tandis que les Sammies exécuteront la même manœuvre dans la vallée de l’Aire à l’est.

En prévision de cette offensive, d’importants moyens humains et matériels sont acheminés en Argonne, repeuplant ainsi les villages et les camps de la région. Courant septembre des unités de blindés françaises et américaines débarquent dans les gares locales et stationnent à l’arrière en attendant l’ordre de départ.

Carcasses blindées

Carcasses de blindées après l’attaque Meuse-Argonne – Collection E.M.

Le 24 septembre 1918, les 2075 hommes du 110th Infantry Regiment sont déployés dans les environs de Neuvilly-en-Argonne. Le Lieutenant-Colonel Edward Martin, commandant le régiment et son état-major s’installe son poste de commandement à la ferme d’Abancourt pendant que l’infirmerie de l’unité prend ses quartiers dans l’église du village.

Château d'Abancourt

Le château d’Abancourt a été détruit au début de la guerre – Collection E.M.

Toute l’Argonne s’embrase le 26 septembre 1918, lorsque le Grand Quartier Général déclenche l’offensive Meuse Argonne!

En quelques heures, un impressionnant dispositif d’assaut se met en branle et écrase les tranchées ennemies sous un feu puissant.Les Allemands sont rapidement contraint de reculer face à cette déferlante d’obus et de combattants que même les mitrailleuses ne semblent pouvoir arrêter. Les premiers blessés arrivent bientôt à l’arrière et dans le secteur de Neuvilly-en-Argonne, ils convergent vers l’église où les attendent les infirmiers du 110th Infantry Regiment dont un jeune Kansasais de 22 ans, Alfred Hayes. Dans les jours qui suivent le déclenchement de l’attaque, les artilleries allemandes et alliées vont se livrer un duel sans merci et pilonner la vallée de l’Aire et ses villages, Neuvilly-en-Argonne ne sera pas épargnée.

Eglise de Neuvilly-en-Argonne

Poste de secours américain dans l’église de Neuvilly-en-Argonne – Collection E.M.

D’abord lente, la progression des troupes franco-américaine s’accélèrent après la prise de certains points de résistance, comme Montfaucon-d’Argonne. Cette avancée massive des troupes combattantes vers le nord et les Ardennes, va obliger le commandement à revoir complètement son organisation de l’arrière et surtout à redéployer les unités d’intendances et médicales plus en avant. Fin octobre les infirmiers du 110th Infantry Regiment quittent Neuvilly-en-Argonne et Alfred Hayes décide d’emporter un souvenir de ce petit village Argonnais. Il empaquette dans son barda les restes d’un crucifix qu’il a trouvé qu’il a trouvé dans l’église avant de suivre ses camarades vers le nord. Après la guerre, il embarque pour les États-Unis avec ce petit fragment du mobilier religieux d’Argonne.

A la mort de l’ancien combattant, sa fille hérite du crucifix et le transmettra elle-même à sa fille, Patricia Carson. C’est ainsi que pendant près d’un siècle, la famille d’Alfred Hayes va conserver ce petit morceau du patrimoine Argonnais, mais à l’approche du Centenaire de la Grande Guerre, la descendante du Sammies a souhaité le restituer.

Avant d’être restitué, le crucifix a été examiné par Monsieur Janvier, conservateur des antiquités et objets d’art qui a conclut qu’il s’agissait initialement d’une croix d’autel en laiton probablement fondue au XVIIIème siècle.

Neuvilly-en-Argonne Croix - E.M.

Crucifix récupéré par Alfred Hayes dans l’église de Neuvilly-en-Argonne – Photographie E.M.

La croix sera finalement rendu à la commune de Neuvilly-en-Argonne lors d’une cérémonie le 23 juin 2013. Aujourd’hui elle est exposé dans une petite niche à droite de l’autel.

Coordonnées G.P.S. de l’église : N 49° 09′ 41,0 » – E 005° 03′ 34,4″